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Catégorie : Opéras

Si l'idée était judicieuse de monter la pièce célèbre d’Auber, un bon exemple du genre opéra-comique qui fleurit au XIXe siècle, la réalisation scénique qui en a été donnée à l'Opéra-Comique laisse un sentiment de frustration.  Le maître des lieux, Jérôme Deschamps, joue le premier degré et l'imagerie presque banale.  Le parti pris pourrait être intéressant s'il s'accompagnait de clins d'œil.  Rien de cela ici, ou si peu. Une impression de vacuité s'empare du plateau à plus d'un moment.  La direction d'acteurs est peu consistante, livrant les interprètes à eux-même en des attitudes convenues.  On les sent peu à l'aise : Kenneth Tarver, dans le rôle éponyme, paraît bien (trop) sympathique pour camper un brigand, même au grand cœur.  Son beau sourire et sa séduisante prestance ne suffisent pas à l'affaire.  La ligne de chant n'est, en outre, pas toujours immaculée dans une partie, il faut le reconnaître, d'une redoutable difficulté pour ce qui est du registre aigu.  Sumi Jo, qu'on a plaisir à revoir, est elle aussi bien empruntée. On mesure ici combien est déterminante la direction d'acteur pour la crédibilité d'un personnage.  Passé un début laborieux, la voix retrouvera vite tout son prestige.  Le grand air de Zerline et ses vocalises acrobatiques sont un régal.  Doris Lamprecht et Marc Molinot prêtent tous leurs efforts au deuxième couple, une lady et son lord de mari.  Vincent Pavesi, Matteo, campe un aubergiste très amusant.  Alexandre Guerrero, Lorenzo, campe par contre un père très libéré, doté d'un beau timbre de baryton-basse.

La direction de Jérémie Rohrer procure un vrai plaisir, se délectant de l'originalité de cette musique fort nuancée qui de la gaillarde marche militaire vous fait, en un instant, passer à l'épanchement lyrique tout sauf sentimental, à travers une amusante enfilade de duos, trios et quatuors vocaux.  Car il sait ménager les écarts de dynamique. Et ce n'est pas sa faute si l'acoustique en forme de loupe délivre un fff, là où le chef a voulu ne donner qu'un ff.  Ses musiciens du Cercle de l'Harmonie ajoutent à la sûreté de l'exécution la finesse d'une subtile palette sonore, celle en particulier de la petite harmonie dont se détache le chant du basson.  Enfin les chœurs des Éléments font merveille par une claire diction et une absence totale de routine. Dommage qu'ils ne soient pas mieux dirigés par le metteur en scène.