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Catégorie : Opéras

Francesco CAVALLI : Elena. Dramma per musica en un prologue et trois actes. Livret de Nicolo Minato sur un argument de Giovanni Faustini. Emöke Barath, Valer Barna-Sabadus, Fernando Guimarães, Solenn' Lavanant Linke, Rodrigo Ferreira, Anna Reinhold, Scott Flores, Madjouline Zerari, Brendan Tuohy, Christopher Lowrey, Job Tomé. Cappella Mediterranea, dir. Leonardo García Alarcón. Mise en scène : Jean- Yves Ruf.   

  

 

 

 


© Pascal Victor / ArtcomArt

 

 

 

Le chef d'orchestre Leonardo García Alarcón, infatigable dénicheur de musiques oubliées, avait prévenu : il nous préparait une découverte majeure. Les faits ne l'auront pas démenti. Francesco Cavalli (1602-1676) est surtout connu par son opéra La Calisto, exhumé naguère par René Jacobs. Ce qu'on sait moins, est que le compositeur vénitien, élève de Monteverdi, a écrit bien d'autres œuvres pour la scène. Grâce à la collaboration avec un librettiste impresario de talent Giovanni Faustini. Même par delà la disparition de celui-ci, en 1651, la créativité perdurera, à travers plusieurs pièces, dont cette Elena. Une autre main se chargera de mettre au point le livret et le dramma per musica sera créé dans un des théâtres de la Sérénissime, fin 1659. Elle sombrera dans l'oubli peu après, jusqu'à nos jours. Aussi cette présentation aixoise fait-elle figure de « re création ». L'intrigue donne à voir les aventures d'Hélène, en un vaudeville mythologique, « une sorte de Belle Hélène baroque », selon Leonardo García Alarcón. Là où Offenbach, bien plus tard, se moquera tant et bien de l'inconstance des mœurs de ce mythique personnage, Cavalli se l'approprie déjà de divertissante manière : la toute puissance du désir amoureux, hommes et femmes ne sauraient bien longtemps y résister, car ils sont faits pour y succomber. Celle qu'on n'hésitait pas à décrire, à l'époque, comme la plus belle femme du monde, Hélène, a vocation à être convoitée par tout mâle alentour : le beau Thésée qui, ne s'embarrassant pas de vains scrupules, va l'enlever, ou ce Ménélas diablement possédé, qui pour l'approcher, emprunte le stratagème cocasse du déguisement en Amazone, sachant qu'elle est sportive et aime la lutte avec ses consœurs. Comment dévoiler sa flamme en pareille occurrence ? Le quiproquo inter sexe sera le moteur d'une intrigue aux mille rebondissements et nombreuses facéties, au point qu'il serait vain de vouloir en dessiner ne serait-ce que les grandes lignes. La musique est d'une créativité qui semble inépuisable, pleine d'esprit, justement attrayante par son intimisme, passant en un rien de temps de la veine comique à la tonalité tragique, faisant sienne le mélange des genres inhérent au livret.    

 

 

 


© Pascal Victor / ArtcomArt

 

 

 

Dans l'écrin du Théâtre du jeu de Paume, la production aixoise découvre bien des sortilèges de sensualité à ce marivaudage avant l'heure, à ces jeux amoureux travestis, qui, en ces temps de mariage pour tous, prennent une piquante saveur. Les courtes scènes mettant aux prises pas moins d'une douzaine de personnages s'enchainent sans solution de continuité dans un décor habile d'arène tauromachique ; belle métaphore pour figurer les joutes ardentes, relevées de costumes chatoyants. Jean-Yves Ruf évite l'écueil de la monotonie dans un spectacle pourtant long, par un sens du mouvement remarquable, conférant vie aux ensembles, et tout leur sel aux vifs dialogues. La jeune distribution fait merveille, de par sa spontanéité et sa fureur de jouer, communicative. On en détachera l'Hélène de Emöke Barath, belle à ravir, justement malicieuse, et le Ménelas de Valer Barna-Sabadus, voix de contre ténor sûre, même si la prestance eût mérité plus d'assurance. Leurs duos, dont certains approchent le lustre de ceux du Couronnement de Poppée de Monteverdi, atteignent une singulière force. Leonardo García Alarcón est dans son élément et avec sa poignée de musiciens de la Cappella Mediterranea, se délecte de ce texte musical enchanteur. On est bercé par les sonorités envoûtantes des flûtes baroques, théorbes et autres percussions.