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Catégorie : Opéras

Richard WAGNER : Der fliegende Holländer (Le Vaisseau fantôme). Opéra en trois actes (1843). Livret du compositeur. Evgeny Nikitin, Franz-Josef Selig, Emma Vetter, Frank van Aken, Agnes Zwierko, Torsten Hofmann. Chœur du Nederlandse Opera. Orchestre Philharmonique de Rotterdam, dir. Yannick Nézet-Seguin. Version de concert.

 

Pour la reprise de ses très attendues versions de concert, le TCE proposait Le Vaisseau fantôme de Richard Wagner. Premier opéra traduisant la véritable esthétique wagnérienne et première étape sur le chemin de la rédemption, quête qui hantera le compositeur pendant toute sa vie. « Wagner n’a jamais réfléchi aussi profondément qu’à la rédemption : son opéra est l’opéra de la rédemption ». (Nietzsche : Le cas Wagner). Pourquoi la quête de la rédemption est-elle omniprésente dans le drame wagnérien au point de constituer un véritable leitmotiv retrouvé dans tous ses opéras depuis le Vaisseau fantôme jusqu’à Parsifal ? La notion de rédemption, chez Wagner, doit être prise dans le sens moral, c'est-à-dire qu’elle présuppose une faute originelle :

la question de la paternité pourrait constituer cette faute originelle et impliquer la nécessité d’un rachat toujours présent sous différentes formes dans ses opéras. Si la question des origines juives de Wagner (par l’intermédiaire de Ludwig Geyer), affirmées par Nietzsche, n’est plus crédible aujourd’hui et prête plutôt à sourire, la quête de l’identité paternelle, dont on peut toujours se poser la question de la réalité factuelle, semble avoir été une préoccupation maintes fois affirmée dans les opéras wagnériens. Wagner ne parvenait pas à se rassurer quant au problème de la paternité. Le doute enfoui dans son inconscient réapparaît dans toute son œuvre : c’est la question de Siegfried : « comment était mon père ? ». Dans tous les drames musicaux se pose la question du père : Walther von Stolzing, Tristan, Siegmund, Siegfried, Parsifal n’ont pas connu leur père. Cette question, maintes fois posée, reste sans réponse, aboutissant à une profonde détresse existentielle dont Wagner ne pouvait se libérer que par la quête rédemptrice. Pour d’autres auteurs, la rédemption chez l’auteur de Parsifal aurait une origine plus sociologique et moins psychanalytique, en trouvant ses fondements dans une influence maçonnique familiale et historique. Enfin, la philosophie, par le biais de Schopenhauer, pourrait peut-être expliquer la permanence de cette quête rédemptrice. (Cf. « Wagner ou la quête de la rédemption », in L’Education musicale, 2007, n° 547/548). Dans Le Vaisseau Fantôme, Senta, personnage central du drame, ne délivrera le Hollandais de son blasphème, le condamnant à une errance interminable sur les flots, que par la promesse d’une éternelle fidélité : plus que d’amour, il s’agit ici d’un sacrifice. « Ce désir de sauver le damné se manifeste en elle comme une folie pleine de force, qui ne peut appartenir qu’à des natures vraiment tout à fait naïves  », dira Richard Wagner. La limite entre la réalité et l’idéalité reste floue. Senta reste un personnage mythique qui trouvera plus tard toute sa maturité dans les personnages d’Elsa, Elisabeth et enfin Brünnhilde.

 

 

 

Au plan musical, la conjonction d’un orchestre talentueux, comme le Philharmonique de Rotterdam qui ne cesse de nous séduire, d’un jeune chef enthousiaste et d’un casting vocal de qualité avait de quoi attirer le chaland avenue Montaigne. Force est de reconnaitre que l’ensemble fut à la hauteur de nos espérances. Le chef québécois sut maintenir le navire toutes voiles dehors quelles que soit les circonstances, dramatiques ou apaisées. L’orchestre magnifique malgré quelques dérapages des cuivres, offre des cordes somptueuses et un ensemble très réactif, plein d’énergie et de plaisir de jouer. Une direction complice, précise, pertinente dans l’expression du récit et le service des chanteurs sachant, si nécessaire, diminuer la voilure pour mieux servir les voix. Un casting vocal dominé par les personnages de Senta, Emma Vetter, parfaitement convaincante dans la ballade du 2e acte,  et d’Erik, où Frank van Aken, à la vocalité facile et ronde, confirme toutes ses capacités de ténor héroïque. Un peu en dessous, le Hollandais de Evgeny Nitikin, parfois à la limite de la justesse, au chant un peu rigide, manquait d’émotion, notamment dans le duo du 2e acte, et Franz-Josef Selig, Daland, dont le chant n’a plus l’ampleur ni la profondeur d’antan. Au chapitre des félicitations, il convient de signaler  l’excellence et la justesse du Chœur de  l'Opéra néerlandais. En bref, une belle soirée, saluée, comme il se doit, par une ovation triomphale du public.