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Catégorie : Opéras

Gaspare Luigi SPONTINI : La Vestale. Opéra en trois actes. Livret d’Etienne de Jouy. Ermonela Jaho, Béatrice Uria-Monzon, Andrew Richards, Jean-François Bordat, Konstantin Gorny.  Le Cercle de l’Harmonie & Chœur Aedes, dir. Jérémie Rohrer. Mise en scène : Éric Lacascade.

 

 

 

 


© Vincent Pontet

 

 

 

Une absence des scènes parisiennes depuis 160 ans ! Voila qui interroge ! Mais fallait-il vraiment ressortir du tiroir une œuvre qui pourrait se réduire à son seul deuxième acte, où les deux airs de soprano ont fait, depuis sa création à Paris en 1807, la joie de toutes les divas du moment, Maria Callas, Régine Crespin, Renata Scotto, Montserrat Caballé, pour ne parler que des plus récentes. Cette exigence vocale, mêlant dignité classique et exubérance romantique, est-elle une raison suffisante, capable de susciter, de nos jours, l’intérêt du spectateur et compenser la pauvreté du livret où prosodie et musique semblent souvent en décalage ? Voila un pari audacieux, relevé courageusement par le Théâtre des Champs-Elysées… pour un résultat, hélas, peu convaincant. L’impératrice Joséphine qui en favorisa la production eut, en son temps, plus de bonheur car la création fut un immense succès donnant lieu à plusieurs centaines de représentations, avant que cet opéra ne disparaisse complètement de la scène. Passons donc d'abord, rapidement, sur ce qui fâche, pour ne retenir que les éléments dignes d’intérêt. Un livret d’une minceur accablante, qui n’a d’égal que la pâleur et l’indigence de la mise en scène d'Éric Lacascade : une scénographie, certes sobre, mais d’une rare médiocrité, se résumant à des tables et des bans au premier acte, un brasero au second, une lessiveuse au troisième, des costumes hideux, vulgaires et de mauvais goût, une direction d’acteur insipide se réduisant aux différents déménagements du décor (toujours les bans et les tables… ) et à quelques courses, rondes, ou simulacres ridicules de combat sur le plateau, tandis qu’il serait vain de vouloir y trouver une pertinence quelconque, concernant notamment l’opposition entre amour et religion. Une prestation insipide qui vaudra à Éric Lacascade, dont c’est ici la première mise en scène d’opéra, les huées des spectateurs en fin de spectacle (ceci expliquant peut être cela !). Un Cercle de l’Harmonie en petite forme, qui parviendra toutefois, après un début bien poussif, à restituer quelques beaux aspects de cette partition à la fois classique et romantique, comme un lien entre Gluck et Bellini. Un casting vocal très disparate ayant, toutefois, pour point commun, une bien piètre diction, rendant difficilement compréhensible le discours, ce qui parait assez dommageable pour un opéra chanté en français !

 

 

 


©Vincent Pontet

 

 

 

Bref, oublions tout cela et revenons vite sur la seule chose qui vaille, le superbe deuxième acte, salué par Berlioz dans Les Soirées de l’Orchestre, seul moment où musique, théâtre et chant se trouvent, enfin, en adéquation. La musique, alors, s’anime pour suivre un crescendo dramatique du plus bel effet, où Ermonela Jaho, dans le rôle de Julia, réussit à sauver la soirée de l’ennui. Les deux airs « Toi que j’implore » et « Impitoyables dieux » sont des moments de pure grâce : une belle ligne de chant, un très subtil legato, une présence scénique certaine, voilà de quoi éclipser sans effort le reste de la distribution : Béatrice Uria-Monzon, La grande Vestale, criarde, au vibrato très marqué, gênant, entachant la justesse, Andrew Richards, Licinus, nasillard, au chant engorgé et incompréhensible. Jean-François Borras, Cinna, et surtout Konstantin Gorny, le Souverain Pontife, sont heureusement plus convaincants. En définitive, beaucoup de bruit pour pas grand-chose… Un opéra qui restera comme une passerelle vers la modernité dont  Berlioz, Verdi et Wagner sauront s’inspirer avec, heureusement, plus de bonheur !