Vincenzo BELLINI : Norma. Opéra en deux actes (1831). Livret de Felice Romani, d’après la tragédie d’Alexandre Soumet. Elena Mosuc, John Osborn, Enrico Iori, Sonia Ganassi, Gianluca Floris, Anna Pennisi. Orchestre & Chœur de l’Opéra de Lyon, dir. Evelino Pidò. (Version de concert).

 

 

 

 


Evelino Pidò / DR

 

 

Décidément le Théâtre des Champs-Elysées semble s’être fait la tribune de tout ce que l’univers opératique compte de prêtresses, furies, druidesses, prophètes ou autres oracles communiquant avec l’Au-delà ! Après la trilogie consacrée à Médée, puis La Vestale de Spontini, tout récemment, c’était au tour de Norma d’occuper la scène du théâtre de l’avenue Montaigne, en version de concert, nous débarrassant du même coup de toute mise en scène délétère ou sans attrait, comme ce fut, hélas, si souvent le cas, ici ou ailleurs… Norma, l’opéra des opéras belcantistes, dont la difficulté vocale est désormais mythique, chanté avec plus ou moins de bonheur par les plus grandes divas dont les prestations ont été quelquefois embellies par une postérité généreuse et bienveillante : Giuditta Pasta, qui créa le rôle le 26 décembre 1831 à la Scala, Maria Malibran, Rosa Ponselle et plus proches de nous, Maria Callas, Joan Sutherland, Montserrat Caballe, pour n’en citer que quelques unes… Car Norma pose un énorme problème de casting, du fait bien sûr, des difficultés vocales, meurtrières des voix, mais également dans la répartition des tessitures, soprano et mezzo, entre les deux rôles féminins principaux, Norma et Adalgisa. Ce soir, la distribution attribuait Norma à la soprano roumaine, Elena Monsuc qui vient de chanter le rôle à Berlin, et remplaçait Carmen Giannattasio, tandis qu’Adalgisa était confié à la mezzo Sonia Ganassi. Choix pertinent, confirmant Norma dans sa fureur, ses excès et son sacrifice spectaculaire, laissant à la jeune prêtresse Adalgisa une prestation plus sereine et effacée correspondant bien au livret. L’Orchestre et le Chœur de l’Opéra de Lyon retrouvaient à sa direction un vieux complice, en la personne du chef italien Evelino Pidò, spécialiste reconnu de ce répertoire bel cantiste. Dès l’ouverture le ton fut donné : une énergie à revendre, une phalange réactive, une direction tendue, acérée, pour le moins exubérante et extravertie, variant et majorant les tempos, faisant valoir tous les contrastes et nuances, sachant entretenir la tension dramatique et faire respirer l’orchestre avec les chanteurs. Elena Monsuc s’empara du personnage de Norma avec vaillance, sincérité, et même un certain courage, nous gratifiant d’un très beau « Casta Diva », à la fois lumineux et pathétique. On regrettera toutefois, un vibrato assez marqué, parfois gênant, se confondant avec les ornementations de la partition. Une prestation d’une belle tenue qui se prolongera tout au long du drame avec, cependant, une fatigue vocale qui ne tardera pas à se faire sentir, durcissant le timbre et resserrant les aigus. Sonia Ganassi ne démérita pas, non plus, grâce à sa tessiture étendue et  sa vocalité facile. Seuls certains aigus, là encore, apparurent quelque peu forcés, notamment dans le grand duo du deuxième acte « Deh ! Conte… Mira,  o Norma ». Paradoxalement, dans cet opéra de femmes, ce furent les hommes qui se montrèrent les plus convaincants. John Osborn (Pollione) entama son premier air « Meco all’altar di venere » très orné, et poursuivit avec une émission aisée, un timbre lumineux et un superbe legato. Enrico Iori fut tout aussi  remarquable, campant un Oroveso plein d’autorité scénique et vocale, dans chacun de ses airs. Bref, une belle soirée d’opéra, qui sans rester dans les mémoires, n’en fut pas moins une indiscutable réussite dont témoignèrent les applaudissements fournis de la salle.