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Catégorie : Opéras

Francis POULENC : Dialogues des Carmélites. Opéra en trois actes.  Livret de Francis Poulenc d’après la pièce éponyme de Georges Bernanos. Patricia Petibon, Sophie Koch, Véronique Gens, Sabine Devieilhe, Rosalind Plowright, Topi Lehtipuu, Philippe Rouillon, François Piolino. Chœur du Théâtre des Champs-Elysées. Philharmonia Orchestra, dir. Jérémie Rohrer. Mise en scène : Olivier Py

 

 

 

 


© Vincent Pontet/Wikispectacle

 

 

 

Après les mises en scène contestées, sinon contestables, d’Alceste de Gluck à l’Opéra Garnier et d’Aïda de Verdi à l’Opéra Bastille, il est absolument certain qu’Olivier Py fera l’unanimité avec cette nouvelle production, magistrale et bouleversante, des Dialogues des Carmélites de Francis Poulenc. Une mise en scène en effet impressionnante et intelligente, loin de toute grandiloquence mystique ou de tout prosélytisme militant, pour une œuvre d’exception, tant par sa qualité musicale, que par sa diversité stylistique, ou par la parfaite adéquation entre prosodie et musique voulue par Poulenc. Olivier Py a choisi pour ce douloureux parcours de Sœur Blanche, une mise en scène dépouillée, sobre comme il convient à ce long chemin de croix qui ne trouve pas sa voie. Ce long et difficile cheminement, terriblement humain, qui passera par le renoncement et la peur, avant de trouver sa route par l’acceptation du don et du martyr.  Guidée par ce besoin de Dieu prégnant qui caractérise la foi, Blanche de la Force franchira toutes les étapes de ce parcours initiatique qui la conduira à la rédemption libératrice, liberté et égalité en Dieu et par Dieu. Pour ce beau sujet, le Théâtre des Champs-Elysées a mobilisé toutes ses forces : plateau vocal de haut niveau, orchestre londonien comptant parmi les meilleures phalanges européennes, chef reconnu dont la notoriété ne cesse de croître, et metteur en scène dont on ne compte plus, depuis une quinzaine d’années, les triomphes opératiques. Le résultat fut, on en conviendra, à la hauteur de nos plus hautes espérances pour cette œuvre composée en 1953-1956, créée à la Scala en 1957 dans une version italienne, reprise à l’Opéra de Paris en juin de la même année, avec une distribution associant Denise Duval, Régine Crespin,  Rita Gorr, Denise Charley et Liliane Berton.

 

 

 


© Vincent Pontet / Wikispectacle

 

 

Une mise en scène convaincante de bout en bout tant sur le plan esthétique que sur celui de la direction d’acteur. Une scénographie qui évoluera avec le temps, depuis le jardin du carmel peuplé d’arbres dépouillés comme autant d’axes du monde, vers une simple boîte de bois figurant la clôture transpercée par une croix lumineuse du plus bel effet, sur laquelle se détache la silhouette de Blanche ; une boîte qui deviendra par la suite prison…De sublimes moments, de tension dramatique extrême, comme l’agonie de la Première Prieure qui clôt le premier acte, qu’Olivier Py nous présente comme vue du dessus, mais surtout dans une position rappelant le Christ en croix… Sans oublier ces mains tendues qui jamais ne se touchent dans une impossible transmission de la grâce, ni les tableaux humains comme l’Annonciation, la Nativité, la Cène ou la Crucifixion, qui ne sont pas sans rappeler Fra Angelico, ou encore la scène finale toute occupée par une nuit étoilée dans laquelle disparaîtront une à une les carmélites, au rythme du couperet de la guillotine. Devant un tel spectacle, peu importe telle ou telle imperfection du chant... Bien sûr que la voix de Rosalind Plowright (La Première Prieure) est en partie ruinée avec des « passages » pour le moins houleux et difficiles, mais quelle présence scénique, quel drame, quelle émotion à couper le souffle ! En matière de beau chant Véronique Gens (Madame Lidoine) Sabine Devieilhe (Constance) Sophie Koch (Mère Marie) et Patricia Petibon (Blanche) demeureront sans reproches, parfaitement typées, vocalement et scéniquement, comme le souhaitait Poulenc. Du côté des voix masculines, Philippe Rouillon (Le Marquis) et François Piolino (Le Père confesseur) soutiendront largement la comparaison avec la distribution féminine. En revanche, le Chevalier de Topi Lehtipuu fut un cran en dessous par son timbre vacillant et sa diction imparfaite malgré, à l’évidence, de puissants efforts ! Jérémie Rohrer, à la tête du Philharmonia Orchestra, donna sans compter, comme le souhaitait Bernanos, rendant à la musique de Poulenc toutes ses couleurs, alliant profondeur et légèreté. Le Salve Regina final chanté par le chœur des carmélites, se réduisant peu à peu à la seule voix de Blanche montant sur l’échafaud, laissa la salle sur une émotion palpable… avant que les applaudissements n’éclatent et se prolongent. Une production qui restera dans les mémoires !