Modeste  MOUSSORGSKI : Boris Godounov. Opéra en quatre actes (1869). Livret du compositeur d’après le drame d'Alexandre Pouchkine. Ferruccio Furlanetto, Anastasia Kalagina, Ain Anger, Vasily Efimov, Stanislav Mostovoi, John Graham-Hall, Garry Magee, Pavel Chervinski, Alexander Teliga, Marian Talaba, Svetlana Lifar, Sarah Jouffroy, Hélène Delalande. Chœur Orfeon Donostiarra. Ochestre National du Capitole de Toulouse, dir. Tugan Sokhiev. Version de concert.

 

 

 

 


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Tugan Sokhiev, récemment nommé directeur musical du Théâtre Bolchoï de Moscou, était de passage à Paris pour cette version de concert de Boris Godounov à la tête de ses troupes du Capitole de Toulouse. Le chef ossète avait choisi pour cette soirée la version initiale de l'opéra de Moussorgski, datant de 1869. Une version en quatre actes, donc plus courte que la version de 1872 (où se rajoute l’acte dit « polonais »), à la dramaturgie plus resserrée, centrée sur le personnage de Boris, mettant l’accent sur le remords quasiment shakespearien du tsar. Et nécessitant aussi une distribution moins nombreuse ! Un choix qui s’avèrera judicieux, compte tenu de la faiblesse vocale relative de Marian Tabala dans le rôle de Grigori/Dimitri, partie nettement plus restreinte ici que dans l'édition de 1872. Une version plus « parlée » que cette dernière, qui nous permet d’apprécier la magnifique prosodie moussorgskienne, véritable récitation en musique, tandis que l’orchestre assure l’unité musicale et la tension dramatique. Superbe opéra, superbe prestation, conclue par un triomphe où il convient de féliciter d’emblée les chœurs, si présents dans cette partition, l’Orfeon Donostiarra, ensemble espagnol de renommée internationale, d’une précision, d’une musicalité et d’une cohésion hors du commun. Tugan Sokhiev justifia une fois de plus l’engouement qu’il suscite de la part des musiciens et du public, confirmant sa stature de grand chef d’opéra. Une direction lumineuse, élégante, incisive, intelligente, faisant varier à tout instant le timbre de l’orchestre par l’importance donnée à chacun des pupitres (quelles cordes graves !), apportant au respect des nuances et aux variations de tempos un soin tout particulier, à l’origine de différents climats (urgence, dramatisme), suivant au plus près la dramaturgie, adaptant continuellement la puissance orchestrale aux chanteurs, menant les chœurs avec précision, dextérité et ferveur, conduisant le discours musical avec souplesse et à propos, tout en sollicitant le meilleur de l’orchestre du Capitole. Concernant la distribution vocale, il serait bien sûr illusoire d’espérer l’unanimité dans l’excellence compte-tenu du nombre important de chanteurs impliqués. Ferruccio Furlanetto se montra tout à fait convaincant dans le rôle de Boris, par sa tessiture adéquate, son aisance, son endurance, sa présence scénique et vocale, ses aigus émouvants et fragiles reflétant, comme un miroir fêlé, le doute de son âme. Ain Anger, Pimène, apporta par sa basse profonde, la sérénité, la stature, la noblesse qui conviennent au personnage, juste pendant de la tourmente intérieure de Boris. Retenons également la très hilarante prestation d’Alexander Teliga, Varlaam, dans la scène de l’auberge, ainsi que celle de Stanislav Mostovoi dans le rôle de l’Innocent, interpellant le tsar devant la cathédrale Saint Basile. Moins probantes furent les interventions de Marian Talaba (Grigori) et de John Graham-Hall, Chouiski, du fait d’une vocalité sans ampleur. Bien que les rôles féminins soient réduits à la portion congrue dans cette version, Anastasia Kalagina put faire valoir toute la beauté de son chant lors de la courte complainte où Xenia déplore la mort de son fiancé, dans les appartements du tsar, prélude aux visions horrifiées de Boris qui conduiront à son agonie tandis que résonnent les chants funèbres…