Richard STRAUSS : Der Rosenkavalier(Le Chevalier à la rose). Opéra  en trois actes. Livret de Hugo von Hofmannsthal.  Soile Isokovski, Peter Rose, Sophie Koch, Martin Gantner, Christiane Karg. Chœur de la Bayerische Staatsoper. Bayerisches Staatsorchester, dir. Kirill Petrenko. Version de concert au Théâtre des Champs-Elysées.

 

 

 

 


Kirill Petrenko © Wilfried Hösl

 

 

« Prima la musica ! » car c’est bien la musique qui fut à la fête pour cette version de concert du Chevalier à la rose de Richard Strauss. Une véritable fête orchestrale menée par la baguette vive et inspirée de Kirill Petrenko à la tête de ses troupes de la Bayerische Staatsoper dont il est le nouveau directeur musical. Attention, un Petrenko peut en cacher un autre…Celui de ce soir est Kirill à ne pas confondre avec son homonyme Vassily. Kirill est autrichien d’adoption, ancien directeur de la Komische Oper de Berlin, habitué des plus grandes scènes lyriques internationales et des phalanges les plus réputées. Une étoile montante (il est né en 1972) de la direction d’orchestre qui ne se produit que très rarement en France, d’où l’affluence des grands soirs avenue Montaigne, pour cette production donnée il y a quelques jours dans la vieille version scénique d’Otto Schenk, à Munich, avec une distribution vocale assez différente. Un opéra créé en 1911 à Dresde où Strauss ne chante pas la fin du monde mais célèbre un merveilleux automne, portant en lui les prémisses de l’hiver. On retrouve d’ailleurs, dans le sublime trio de l’acte trois, des accents des Quatre derniers Lieder. D’un point de vue musical cette soirée tint toutes ses promesses, Kirill Petrenko réussissant à faire sonner merveilleusement son orchestre, parvenant à rendre de bout en bout toute la rutilance, le brio et la richesse somptueuse de l’orchestration straussienne, tout en suivant au plus près la dramaturgie. Un écrin musical de rêve pour une distribution vocale qui souffrit, quant à elle, d’une hétérogénéité certaine, à commencer par la Maréchale quelque peu vacillante de Soile Isokovski dont la ligne de chant ne parvint jamais à nous convaincre, peinant à imprégner son chant de cette nostalgie douloureuse qui caractérise la Maréchale devant la fuite du temps et de l’amour. Une faiblesse vocale qui pénalisera les ensembles vocaux, au demeurant si beaux et si nombreux de cet opéra, notamment dans le troisième acte, malgré l’engagement de Sophie Koch (Octavian) et l’assurance de Christiane Karg (Sophie), remplaçant pourtant au débotté Mojca Erdmann souffrante. Peter Rose, habitué du rôle, se situant entre Pourceaugnac et Falstaff, campa un baron Ochs de haute volée, à la fois vocalement et théâtralement, tout comme Martin Gantner dans le rôle de Faninal. Bref, une belle soirée d’opéra, la découverte pour beaucoup et la confirmation pour d’autres de l’avènement d’un grand chef d’opéra… Applaudissements prolongés des musiciens pour Kirill Petrenko et standing ovation du public…Un triomphe mérité qui fut toutefois gâché par un pugilat surprenant au premier balcon ! Quand on dit que la musique adoucit les mœurs….