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Catégorie : Opéras

Jean-Philippe RAMEAU : Les Fêtes de l'Hymen et de l'Amour. Opéra-ballet en un prologue et trois entrées. Livret de Louis de Cahusac. Chantal Santon -Jeffery, Carolyn Sampson, Blandine Staskiewicz, Jennifer Borghi, Mathias Vidal, Reinoud van Mechelen, Tassis Christoyannis, Alain Buet. Chœur et orchestre du Concert Spirituel, dir. Hervé Niquet.

 

 

 

 


Hervé Niquet © Éric Manas

 

 

 

Belle introduction à l'année Rameau que cette exécution de concert de l'opéra-ballet Les Fêtes de l'Hymen et de l'Amour. Créé en mars 1747 à Versailles, dans le manège de la Grande Écurie, pour le second mariage du Dauphin, il marquait la deuxième collaboration de Rameau avec Louis de Cahusac. Accueilli avec enthousiasme au point d'atteindre les 150 représentations, il sombrera ensuite dans l'oubli. Ce concert lui faisait vivre une sorte de résurrection. Sous-titré « Les dieux d'Égypte », la thématique en est centrée plus sur le merveilleux que sur la vérité historique, où il est question des pouvoirs extraordinaires des dieux et des effets magiques de la nature. Eu égard au prétexte festif, la pièce est nantie d'un prologue mettant en scène la réconciliation de l'hymen et de l'amour. Trois actes, ou entrées, suivent, le premier « Osiris », marquant cette incursion nouvelle de Rameau dans le domaine de la mythologie égyptienne. Il en va de même dans la deuxième entrée, « Canope », qui contient une des pages les plus impressionnantes du musicien, quoique d'une étonnante concision : le débordement du Nil, dont les didascalies précisent que le dieu Canope le franchit sur un char amphibie tiré par des crocodiles, tandis que gémit la foule dans un double chœur impressionnant. Cette partie, qui offre un tragique certain, se referme cependant sur des réjouissances. La dernière entrée, «Aruéris ou les Isies », fait intervenir le dieu des arts qui souhaite s'allier l'amour pour adoucir la vie des humains. Tout au long de l'opéra on remarque l'importance des passages dansés, ravigotants, voire cocasses, avec des ruptures de rythmes, ou à l'inverse sur le mode pastoral, d'un charme extrême. Une quasi abolition de la ligne de partage, pour ne pas dire une symbiose entre airs et récitatifs, frappe également, les premiers s'enchainant sans solution de continuité avec les passages narratifs ; ce qui introduit un élément de modernité dans l'appréhension du discours musical. Autre particularité : la place dévolue aux ensembles, duos, quatuor, quintette, et même un sextuor vocal dans le troisième partie, fait unique dans la production de Rameau. La contribution du chœur est essentielle, sur lequel s'inscrivent souvent des interventions de solistes. Hervé Niquet est l'homme de la situation. Son orchestre du Concert Spirituel brille par une sonorité riche et chaude, qui rend à la musique sa vraie palette de couleurs. On remarque la contribution des bois (disposés par quatre, flûtes, hautbois et basson) et une ligne de cordes immaculée, aux violons en particulier, d'une grande pureté d'intonations. Deux trompettes et un tambour rehausseront un des moments phares de la troisième entrée. La fluidité du débit musical est chez Niquet une constante, notamment à travers les divertissements. Sa distribution est valeureuse, portant haut l'art de la déclamation ramiste. Comme souvent, un même chanteur se voit confier plusieurs parties. On distinguera la soprano Chantal Santon-Jeffery (Orthésie et Orie), royale présence et voix glorieuse, aux aigus éblouissants, en particulier dans l'ariette « Heureux oiseaux », et les ténors Mathias Vidal, dont la formidable projection vocale le désigne pour incarner Platée, un rôle autrement plus développé, et Reinoud van Mechelen qui s'affirme, lui aussi, comme un des grands interprètes de ce répertoire. Bonne nouvelle : Hervé Niquet et le Concert Spirituel seront à la manœuvre pour une présentation scénique de Castor et Pollux, la saison prochaine en ce même théâtre.