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Catégorie : Opéras

Gioachino ROSSINI : Tancredi. Mélodrame héroïque en deux actes (Version de Ferrare, 1813). Livret de Gaetano Rossi, d’après la tragédie éponyme de Voltaire. Marie-Nicole Lemieux, Patrizia Ciofi, Antonino Siragusa, Christian Helmer, José Maria Lo Monaco, Sarah Tynan. Chœur du Théâtre des Champs-Elysées. Orchestre Philharmonique de Radio France, dir. Enrique Mazzola. Mise en scène : Jacques Osinski.

 

 

 

 


© Vincent Pontet -WikiSpectacle

 

 

 

Dernier opus en version scénique du Festival Rossini au TCE, les deux opéras à venir, L’Italienne à Alger et La Scala di Seta, étant présentés en version de concert, Tancredi est un des rares opéra seria de Rossini. Composé en 1813, à l’âge de 21 ans, il marque indiscutablement un tournant novateur dans l’histoire de l’opéra seria. Fait important qui n’échappa pas au regard avisé de Stendhal, qui note avec enthousiasme la réduction de récitatifs, ainsi que le nombre impressionnant et la qualité des ensembles vocaux. Tancredi fut créé à la Fenice de Venise le 6 février 1813. Il connut depuis lors un succès constant, valant à son auteur une célébrité mondiale. Louanges méritées concernant la musique, mais fort discutables concernant le livret de Gaetano Rossi. Tout commence par une méprise épistolaire… Si la pièce de Voltaire, écrite en 1760, se veut une critique acerbe de la peine de mort, de la justice expéditive, du mariage forcé et du pouvoir tyrannique, le livret de Rossi dénature totalement ce message. Car chez Voltaire les deux amants ne se rencontrent pas, du moins en tête à tête, laissant ainsi la méprise amoureuse se poursuivre, entretenant du même coup la dramaturgie ! En revanche, dans un souci de servir la musique de Rossini et de valoriser les ensembles vocaux, le librettiste italien rend absurde la trame de Voltaire : pas moins de deux duos d’amour entre Tancredi et Aménaïde, comme autant d’occasions de lever le doute quant à la trahison hypothétique d’Aménaïde. Faute d’aveu le livret perd aussitôt toute crédibilité et tout intérêt  dramatique! Difficile dans ces conditions pour le metteur en scène de servir une telle ineptie, et la transposition à l’époque contemporaine ne fera rien à l’affaire. Une mise en scène fade, peu dérangeante, il faut le reconnaitre, des costumes hideux et une scénographie assez indigente qui vaudront à Jacques Osinski quelques huées, lors du salut final. Concentrons nous donc sur la seule chose qui vaille, la musique, indiscutablement très attrayante et novatrice, où le bel canto rossinien semble prendre, par instant, des accents belliniens. Une musique parfaitement servie par l’Orchestre Philharmonique de Radio France (enfin un orchestre qui sonne !) conduit par la baguette expérimentée d’Enrique Mazzola, spécialiste du genre. Quant au casting vocal, il fut largement dominé par les deux superbes prestations de Marie-Nicole Lemieux en Tancredi et de Patrizia Ciofi en Aménaïde. Deux timbres vocaux complémentaires, parfaitement appariés, la tessiture homogène et étendue de Tancredi répondant aux aigus  faciles et stratosphériques d’Aménaïde. Le reste de la distribution parut beaucoup plus pale, Antonino Siragusa (Argirio) ne paraissant vraiment à l’aise que dans le registre médium, Christian Helmer (Orbazzano) manquant d’envergure vocale. A signaler les deux belles performances de José Maria Lo Monaco (Isaura) et Sarah Tynan ( Roggiero), assez convaincantes malgré leurs rôles secondaires. Une belle soirée !

 

 

 


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