John ADAMS : A Flowering Tree. Opéra en deux actes. Livret et adaptation de Peter Sellars et du compositeur. Paulina Pfeiffer, David Curry, Franco Pomponi. Ella Fiskum, Sudesh Adhana, danseurs. Dadi Pudumjee, Vivek Kumar, Simon T Rann, marionnettistes. Chœur du Châtelet. Orchestre symphonique Région Centre-Tours, dir. Jean-Yves Ossonce. Mise en scène : Vishal Bhardwaj.

 

 


© Marie Noëlle Robert

 

Alors que Doctor Atomic appartient au genre du « docu opéra », A Flowering Tree, créé à Vienne en 2006, à l'occasion des célébrations de l'année Mozart, se situe, au sein de la production de John Adams, plutôt dans la veine de la pièce sacrée El Nio (Paris, 2000). Autant oratorio qu'opéra, eu égard à une action réduite et à la présence d'un conteur, le thème en est la métamorphose, celle d'une jeune femme, Kumudha, qui possède le pouvoir de se transformer en arbre en fleurs, ce qui ne l'empêche pas de pouvoir retrouver sa forme humaine. Un prince, séduit par sa beauté, et plus encore par son pouvoir magique, l'épouse et lui demande d'effectuer la métamorphose pour lui. Elle s'exécutera, mais après avoir repris son apparence humaine, sombrera dans la misère, devant l'indifférence du prince. Celui-ci, en proie au remords, se condamnera à mener une vie errante de paria, avant qu'ils ne se rejoignent. Pour le compositeur, c'est « une parabole à propos de la jeunesse, de l'espoir, de la magie de la transformation, à la fois physique et spirituelle »; comme dans La Flûte enchantée. En fait, si l'hymne à la jeunesse réunit les deux sujets, celui traité par Peter Sellars a peu à voir avec l'œuvre lyrique ultime de Mozart, car cette histoire inspirée des contes folkloriques indiens, véhicule une philosophie bien différente. La pièce est chantée à la fois en anglais (solistes) et en espagnol (chœurs). Différente, quoique aussi contrastée que celle de Doctor Atomic, la musique fait encore la part belle aux effets de tapisserie sonore qui caractérisait cet opéra, et affirme un souci de polyphonie rythmique souvent virtuose. Le procédé de répétition de cellules motiviques reste bien présent, avec un recours intéressant aux percussions et à un instrumentum particulier, carillon, célesta, glockenspiel. On pense souvent à Britten, qui lui aussi s'est inspiré de mélismes orientaux, balinais en l'occurrence. Adams fait également usage d'onomatopées dans le traitement du chœur et soumet ses chanteurs solistes à rude épreuve.

 


© Marie Noëlle Robert

 

San soute pur mieux serrer de près la thématique de l'opéra, la production du Châtelet a fait appel au cinéaste indien Vishal Bhardwaj, qui s'est entouré d'un chorégraphe et d'un marionnettiste. Mais la mise en scène appréhende le sujet au premier degré de l'illustration. Ainsi est-on convié à une succession d'images coloriées et froides, maniant à l'envi les effets de symétrie au fil de fastidieux défilés de choristes s'affairant à placer et déplacer une myriade d'amphores ou maniant avec gracilité ce qui ressemble à des gerbes de blé. La gestuelle fonctionne comme au ralenti et inclut des figurations de statuaire indienne, laquelle est affirmée dans les rares éléments de décoration. La chorégraphie entourant la métamorphose de la jeune Kumudha ou figurant les mouvements du couple est agréable, à défaut d'être imaginative. Le recours à des marionnettes pour représenter la mère et la sœur de l'héroïne, cette dernière figurée aussi en poupée géante, lorsque devenue, elle aussi, reine de quelque royaume lointain, apporte une touche anecdotique plus que réellement signifiante. Quelques éclairages judicieux, façon géométrique, à l'acte II, ne parviennent pas à renouveler un intérêt qui s'émousse au fil des tableaux. Le cast est valeureux, n'était une fâcheuse amplification des voix, qui conduit le spectacle à se vouloir proche d'une superproduction de type Broadway, ou Bollywood ! Le ténor-prince, David Curry, arbore à cette aune une stature vocale digne d'Othello ! Et Franco Pomponi, le Narrateur, déborde presque du cadre de l'histoire qu'il anime pourtant avec une conviction à toute épreuve. A pleine puissance, les chœurs sonnent tonitruants au point de devenir criards. Paulina Pfeiffer défend avec force les aspérités vocales du rôle de la pauvre Kumudha. Dans la fosse, Jean-Yves Ossonce dirige avec maestria un Orchestre Symphonique Région Centre - Tours loin de démériter, tant la partition offre de difficultés.