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Catégorie : Opéras

   Richard WAGNER : Der Fliegende Holländer. Opéra romantique en trois actes. Livret du compositeur. Simon Neal, Falk Struckmann, Magdelena Anna Hofmann, Tomislav Muzek, Luc Robert, Ève-Maud Hubeaux. Orchestre

On attendait avec impatience la vision portée par l'équipe de La Fura dels Baus sur Le Vaisseau Fantôme. Force est de dire qu'à l'aune des précédentes productions de ces imaginatifs fous de théâtre, elle est somme toute assez sage. Elle se veut partagée « entre légende et réalisme » affirme Alex Ollé. Et de se demander si au-delà de l'absolu d'une passion, de l'amour impossible si ce n'est dans la mort, il n'y a pas là une histoire très humaine de marchandage de sa propre fille par un homme avide.

Deux idées force la sous tendent : l'omniprésence de l'univers marin qui fait fantasmer les esprits et engloutit les destins, et le misérabilisme de ces endroits reculés de l'Orient où sont envoyées les épaves rouillées de navires promises à la démolition. Comme toujours, l'imagerie est forte, hautement évocatrice de la tempête qui sévit dès l'Ouverture, où l'on voit la gigantesque proue d'un navire combattre une violente houle. Celui-ci s'échouera sur un banc de sable. D'abord inspecté par les hommes de Daland, au début du Ier acte, le vaisseau sera méthodiquement découpé dans sa super structure durant le II ème, pour offrir sa carcasse béante au III ème tandis que les ouvriers rejoints par leurs femmes fêtent une pause dans leur labeur harassant. La coque désossée s'évanouira au finale pour laisser l'océan reprendre ses droits et envahir l'entier plateau, engloutissant le Hollandais. Senta surnagera aux flots s'apaisant peu à peu. Alex Ollé s'offre quelques entorses avec les didascalies. Ainsi renonce-t-il à faire apparaître les marins à la fin du premier acte, tout comme dans les dernières pages, il se refuse à visualiser les autres personnages et la foule. L'unité décorative devient vite un carcan et la régie prisonnière d'une idée. Le surgissement du navire maudit est symbolisé par son ancre lâchée des cintres, mais le Hollandais apparait dans la même structure que celle du navire de Daland, ce qui crée la confusion. Surtout, l'animation occasionnée par le démantèlement de l'épave, qui sévit en contrepoint de l'action, en particulier pendant les divers duos au II acte, n'est pas suffisamment vécue pour être crédible. N'est pas Chéreau qui veut pour donner l'impression de mouvement là où l'action se réduit au dialogue entre deux personnages. La direction d'acteurs d'Ollé reste d'une grande discrétion quant au positionnement des quatre personnages principaux. Le réalisme s'impose en fin de compte, l'anecdote n'en étant pas exclue, tel le parasol planté sur la plage où les dames viennent laver les objet familiers.

 


Acte III © Jean-Louis Fernandez

 

L'interprétation de Kazushi Ono flatte le romantisme de l'œuvre plus qu'elle n'évoque la musique de l'avenir. Jouant l'œuvre sans coupure, il choisit de donner l'Ouverture de la version originale de 1841, qui se conclut par trois accords, et de finir l'opéra sur le thème de la Rédemption, emprunté à la version remaniée en 1860. Des tempos plutôt lents ne permettent pas toujours de faire émerger la dynamique qui doit entraîner ces pages hautes en couleurs et fortes de signification. Dès l'ouverture on le sent sur la retenue, et l'urgence manque. L'impact dramatique semble s'affaisser à maint endroit, duo entre le Hollandais et Daland, au I, entre Erik et Senta au II, voire même, plus loin, entre celle-ci et le Hollandais, ce qui est plus problématique. N'étaient quelques petites imprécisions dans les attaques, l'Orchestre de l'Opéra de Lyon répond bien, mais le feu s'empare rarement de la fosse d'orchestre. Les Chœurs, eux, s'en tirent avec brio, que ce soit celui des femmes, affairées à leur opération de nettoyage domestique sur la plage, et non à filer quoi que ce soit, ou ceux du dernier, curieusement transformés en joyeux festival de rites du sous continent indien avec jeux de mains chorégraphiés. Falk Struckmann domine la distribution. Voix de bronze, rompue aux grands rôles wagnériens jusqu'à Wotan, la plupart chantés sous la direction de Daniel Barenboim, il offre du capitaine Daland un portrait puissant et s'impose au risque de faire de l'ombre à ceux qui l'entourent. Le personnage est-il conscient de la chance que lui propose le Hollandais ou ne fait-il que saisir une opportunité ? L'étonnement et l'apparente discrétion de son attitude vis à vis du marin étranger autorise à se poser la question, un des points intéressants de la régie. L'image que Simon Neal donne du Hollandais est contrastée, plus sur la réserve que véhiculant l'angoisse. On le sent à la limite de ses moyens dans le monologue d'entrée et lors du duo central du II ème acte, et peu de charisme émane du personnage. Magdalena Anna Hofmann, Senta, est taxée par un rôle finalement assez délicat eu égard à sa tessiture terriblement tendue dans l'aigu. Le portrait est cependant saisissant : jeune et néanmoins déterminée. Si le Pilote de Luc Robert frôle l'inexistant, à sa décharge peu mis en valeur par la régie, le Erik de Tomislav Muzek, mitraillette à l'épaule, nul doute gardien chargé de faire régner l'ordre dans l'entreprise de démolition, est dans la norme bel cantiste du rôle.