La Cenerentola.

Gioacchino ROSSINI : La Cenerentola.  Dramma giocoso en deux actes. Livret de Jacopo Ferretti.  Karine Deshayes, Javier Camarena, Carlos Chausson, Riccardo Novaro, Alex Esposito, Jeannette Fischer, Anna Wall.  Orchestre et chœur de l'Opéra national de Paris, dir. Bruno Campanella.  Mise en scène : Jean-Pierre Ponnelle (réalisation : Grischa Asagaroff).

Aussi incroyable que ce soit, la mise en scène de La Cenerentola conçue par Jean-Pierre Ponnelle, n'avait jamais atteint Paris. C'est enfin chose faite à l'Opéra Garnier ! Créée (avec Claudio Abbado) dans les années 1970, elle devait tourner dans bien des grandes maisons à travers le monde.  Il s'agit de sa deuxième mise en scène d'un opéra de Rossini.  Ponnelle était fasciné par ce maître dont les schémas clairs et bien ficelés et la musique combien divertissante dictaient sa manière.  Cette dernière surtout, tant le mouvement est insufflé aux ensembles comme aux dialogues avec une totale rectitude.  Les récitatifs encore, « aussi importants que les parties chantées » dira-t-il.  À l'origine décorateur, Ponnelle allait venir à la mise en scène par

Une Flûte enchantée « high tech » au Théâtre des Champs-Élysées.

Une Flûte enchantée « high tech » au Théâtre des Champs-Élysées.  Singspiel de Wolfgang Amadeus Mozart en deux actes, sur un livret d’Emanuel Schikaneder.  Ensemble Matheus, Chœur du Théâtre des Champs-Élysées, Maîtrise de Radio France, dir. Jean-Christophe Spinosi.  Topi Lehtipuu, Sandrine Piau, Markus Werba, Emmanuelle De Negri, Jeannette Vecchione, Ain Anger, Steven Cole, Robert Gleadow, Claire Debono, Juliette Mars, Élodie Méchain.  Mise en scène : William Kentridge.

 On jouait à guichets fermés, devant une salle comble, pour ce premier opéra en version scénique de la saison, après les travaux de rénovation du TCE (réfection de la fosse d’orchestre, du plateau, de la machinerie et de l’acoustique).  La Flûte

Une allègre Vie Parisienne à l'Opéra de Lyon

Une allègre Vie Parisienne à l'Opéra de Lyon

Jacques OFFENBACH : La Vie Parisienne.  Opéra-bouffe en quatre actes (1873).  Livret de Henry Meilhac & Ludovic Halévy.  Jean-Sébastien Bou, Boris Groppe, Laurent Naouri, Blandine Staskiewicz, Michelle Canniccioni, Sophie Marin-Degor, Guy De Mey, Tansel Akzeybeck, Thomas Morris.  Orchestre & Chœurs de l'Opéra de Lyon, dir. Gérard Korsten.  Mise en scène : Laurent Pelly.

Rarement compositeur aura écrit pareil hymne à la gloire d'une ville, et non des moindres.  Délaissant la mythologie aux fins de scruter le temps présent, ce qui lui avait tant réussi avec La Belle Hélène ou Orphée aux enfers, Offenbach cherche à analyser des thèmes modernes.  La frénésie qui s'est emparée de la capitale française en cette époque faste du Second Empire lui en offre l'occasion.  L'actualité des objets familiers même, car comme le dit Reynaldo Hahn, « la fièvre des êtres se

Cecilia Bartoli, irrésistible Sémélé

Cecilia Bartoli, irrésistible Sémélé

Georg Friedrich HAENDEL : Sémélé.  « Musical drama » en trois actes.  Livret de William Gongreve. Cecilia Bartoli, Charles Workman, Hilary Summers, Christophe Dumaux, Liliana Nikiteanu, Jaël Azzaretti, Brindley Sherratt.  English Voices.  Orchestra La Scintilla an der Oper Zürich, dir. Diego Fasolis.

Afin de se renouveler et de continuer de plaire au public londonien qui se lassait de l'opéra italien, Haendel eut l'idée, dans les années 1730, de se tourner vers un autre genre, « l'oratorio volgare », dans la manière de l'opéra, et chanté en langue anglaise.  Sémélé est créé au King' Theater de Covent Garden en février 1744.  Inspirée de la mythologie païenne, la destinée de la belle Sémélé, une mortelle aimée de Jupiter qui flirte avec l'adultère sous le yeux horrifiés de Junon, ne saurait la

Otello à l'Opernhaus de Zurich

Otello à l'Opernhaus de Zurich

Giuseppe VERDI : Otello.  Drame lyrique en quatre actes.  Livret d’Arrigo Boito.  José Cura, Thomas Hampson, Fiorenza Cedolins, Stefan Pop, Stefania Kaluza, Benjamin Bernheim, Pavel Daniluk, Tomasz Slawiski. Orchester und Chor der Oper Zürich, dir. Daniele Gatti.  Mise en scène : Graham Vick.

Verdi a failli ne pas composer Otello.  Il aura fallu les patients efforts de son éditeur Ricordi pour le convaincre de le mener à bonne fin, et bien du tracas.  Les relations avec Boito, librettiste désigné, et compositeur de son état, n'auront pas toujours été au beau fixe, jusqu'à ce que ce dernier lâche ce qui va décider de tout : « Ce livret est le vôtre par droit de conquête.  Vous seul pouvez mettre un tel sujet en musique ».  Ce ne sera pas « Iago », titre un temps envisagé, mais bien « Otello ».  Car selon

La Force du Destin à l'Opéra Bastille

La Force du Destin à l'Opéra Bastille

Giuseppe VERDI : La Forza del Destino.  Melodramme en quatre actes.  Livret de Francesco Maria Piave.  Marcelo Alvarez, Violetta Urmana, Vladimir Stoyanov, Nadia Krasteva, Kwangchul Youn, Nicola Alaimo, Mario Luperi, Nona Javakhidze, Rodolphe Briand, François Lis.  Orchestre & Chœurs de l'Opéra national de Paris, dir. Philippe Jordan.  Mise en scène : Jean-Claude Auvray.

 La  Force du destin a mauvaise réputation.  On lui reproche son livret à la fois abscons et désordonné.  On fait grief à Verdi d'avoir accepté une histoire invraisemblable, de donner dans le mélange des genres.  Mais c'est peut-être de ce dernier trait que l'opéra tire sa force.  Verdi était avant tout un fin dramaturge et savait comme peu subodorer dans une action, même livrée brut, comment en faire une trame d'opéra.  Le livret de Piave, cet « immense panorama romantique » où se côtoient « le

Zaïs,

Jean-Philippe RAMEAU : Zaïs, ballet héroïque en un prologue & quatre actes, livret de Louis de Cahuzac.  Édition de Graham Sadler.  Société Jean-Philippe Rameau : SJPR-OOR IV-XV. Distr. Bärenreiter.  Conducteur : BA 8856.  Réduction piano & chant par François Saint-Yves : BA 8856a.

 

On reste confondu devant le travail éditorial qui a été ici accompli avec le concours de « Musica Gallica » et du ministère de la Culture. Et réjouissons-nous que Bärenreiter ait pris en charge la diffusion et la distribution mondiale de ce monument.  La partition intégrale contient également les variantes intervenues au cours

Giacomo MEYERBEER : Les Huguenots.  Opéra en cinq actes.  Livret d'Eugène Scribe & Émile Deschamps.  Marlis Petersen, Mireille Delunsch, Yulia Lezhneva, Éric Cutler, Philippe Rouillon, Jean-François Lapointe, Jérôme Varnier, Arnaud Rouillon, Xavier Rouillon, Avi Klemberg, Marcel Labonnette, Frédéric Caton, Olivier Dumait.  Orchestre symphonique & Chœurs de La Monnaie, dir. Marc Minkowski.  Mise en scène : Olivier Py.Le genre du grand opéra français, si prisé au XIXe siècle, voué aux gémonies par le suivant, connaît-il un retour en grâce ? Après La Juive à l'Opéra Bastille, voici que La Monnaie présente Les Huguenots, modèle emblématique de ce qui est démesure, faste sans limite et copieuse durée.  Librement inspiré de Mérimée et de sa Chronique du règne de Charles IX, l'action a pour thème l'exaltation religieuse qui devait conduire au massacre de la Saint-Barthélemy. 

Le nozze di Figaro

MOZART : Le nozze di Figaro KV 492.  Édité par Ludwig Finscher.  « Urtext de la Neuen Mozart-Ausgabe », Bärenreiter : TP 320.

 

Cette remarquable édition qu’on n’ose qualifier « de poche » étant donné son épaisseur est, malgré la petitesse des portées, d’une remarquable lisibilité.  Mais il s’agit aussi d’une édition critique comportant les plus récentes recherches (2010) effectuées sur cette œuvre.  Il s’agit vraiment d’un travail monumental comportant toutes les pages ajoutées ou supprimées lors des différentes représentations.  On lira avec beaucoup d’intérêt la préface et les abondantes notes critiques contenues dans ce copieux volume.

 

Idomeneo par Luc Bondy

On accorde justement de plus en plus d'intérêt à Idoménée, le premier grand opéra de Mozart. Il y traite d'un sujet riche de potentialité dramatique, l'affrontement entre un père et son fils. Le conflit latent qui l'opposait alors à l'intransigeant archevêque Colloredo trouvait ici peut-être un exutoire. En tout cas, Mozart y fait montre d'un souci dramatique peu commun qui préfigure ce que seront ses autres œuvres pour le théâtre. Il fait éclater le genre de l'opera seria en s'affranchissant de son carcan et compose un musique d'une vraie grandeur tragique dans sa diversité. La production signée de Luc Bondy, au Palais Garnier, dessine cette action dans son décor naturel, le rivage marin où se noue l'intrigue : la tempête qui crache l'infortuné roi de Crète, la fureur marine qui envahit l'espace, mais aussi la vastitude d'une plage qui retient des personnages perdus dans leur quête d'absolu. Le drame est pensé à l'essentiel, sans pathos, comme un acte de théâtre. Quelques rares touches réalistes en pimentent l'austérité. Car l'atmosphère restera sombre tout au long de ce périple, très sombre. S'y inscrivent la foule des Grecs et des Crétois, habilement dirigée, et des personnages brossés avec acuité : Ilia la captive, résolue et aimante, Idamante qui s'en éprend, mais doit un temps renoncer à cet amour impossible, en butte à l'ordre paternel d'éloignement - le quatuor du II est d'un force magistrale ; la reine Elettra, de noir vêtue, qui semble dès le début expier ses fautes passées, et sombre dans la fureur puis la folie - alors que tous tournent le dos pour ne pas entendre ses vaines imprécations, vision forte ; Idoménée, torturé par des passions contradictoires, l'amour paternel, le respect des injonctions divines, mais qui saura – déjà – se montrer clément. La dernière scène laisse une vision pessimiste. Idoménée, certes, passe le témoin à son fils qu'il a réuni à Ilia, mais ces deux-là sont déjà confrontés au sort peu enviable de ceux qui sont portés au pouvoir : coups de tonnerre et foule s'enfuyant en tous sens saluent leur accession au trône de Crète.

Le spectacle fait montre d'une aussi belle qualité musicale, car Thomas Hengelbrock, autrement inspiré ici que dans La Flûte enchantée à Bastille, tire de l'orchestre de l'Opéra des accents vraiment mozartiens. La tension obtenue par des tempos sur le versant rapide, est maintenue sans faillir. Les traits concertants des instruments à vent, qui traversent plus d'un air, sont magnifiquement dessinés. Le plateau vocal, parfaitement homogène, est habité par une déclamation lyrique naturelle. Camilla Tilling est une Ilia plus que touchante, dramatique, et son chant est immaculé ; un bonheur que ce type de voix qui donnera les Suzanne et autres Pamina. Joyce diDonato s'approprie le rôle d'Idamante avec panache, présence réelle et magistrale ligne de chant. Le tragique d'Elettra, parfaitement contrôlé par Bondy, offre à Mireille Delunsch matière à déployer un style et une vocalité admirables. Paul Groves incarne un Idomeneo héroïque qui, s'il en perd un instant le fil des vocalises, fait quelque chose du grand air « Fuor del mar ». N'était une apparence qui ne l'avantage pas, son interprétation est frappée au coin de l'intelligence.