Un Parsifal désacralisé à l'Opéra de Lyon

Un Parsifal désacralisé à l'Opéra de Lyon

Richard WAGNER : Parsifal.« Festival scénique sacré » en trois actes.  Livret du compositeur.  Nikolai Schukoff, Gerd Grochowski, Georg Zippenfeld, Alejandro Marco-Buhrmester, Elena Zhidkova, Kurt Gysen, Daniel Kluge, Lukas Shmid, Heather Newhouse, Katharina von Bülow, Pascal Pitie, Oleksiy Palchykov, Ulrike Helzel, Tehmine Yeghiazaryan, Ivi Karnezi, Sonja Volten.  Orchestre, chœurs  & maîtrise de l'Opéra de Lyon, dir. Kazushi Ono.  Mise en scène : François Girard.

 

 

Pour la nouvelle production de Parsifal, montée en co-production avec le Met de New York, l'Opéra de Lyon a fait appel au cinéaste canadien François Girard. Celui-ci s'est déjà confronté au monde opératique, avec notamment la création, ici même, d'Emilie de Kaija Saariaho.  En dehors de Bayreuth où l'œuvre prend une dimension assurément singulière, Parsifal s'avère toujours délicat à recréer. Tout de suite vient à l'esprit l'immense symbolique véhiculée, que d'aucuns comme Cocteau (« l'immense ridicule du livret ») ou Stravinsky (« une singerie inconsciente du rite sacré ») ont

Concert de prestige au Théâtre des Champs-Élysées

Concert de prestige au Théâtre des Champs-Élysées

Le premier attrait du concert de l'Orchestre symphonique de Birmingham résidait dans la prestation du ténor Jonas Kaufmann.  Mais l'intérêt de la soirée ne s'arrêtait sans doute pas là. Le bel Adonis, adulé du public parisien, qui aime les grandes voix, avait choisi Mahler et Strauss. Les Kindertotenlieder (1905) expriment avec une rare force un monde de solitude et l'attirance chez Mahler pour la mort et le monde de l'enfance. Ce n'est pas la première fois, ni la dernière, qu'il unit ces deux thématiques, mais c'est probablement dans ce cycle que ce rapprochement apparaît le plus

Les mystères de Didon ou Purcell révélé

Dans la foulée de la reprise de l'inoubliable production de Didon et Énée, conçue par Deborah Warner, l'Opéra-Comique avait invité William Christie à expliciter sa pensée sur la pièce de Purcell en un concert-conférence.  Entouré de ses musiciens des Arts Florissants et d'une poignée de jeunes chanteurs fort talentueux, le maestro aura, une heure et demi durant, tenté de percer les mystères de Didon et Enée, « un des plus grand monuments » de l'opéra anglais. Une œuvre entourée de mystères, de par les circonstances de sa création, qui ne l'a peut-être pas été dans le pensionnat de

Bernard Haitink achève son cycle Beethoven, Salle Pleyel

Point d'orgue du magnifique cycle Beethoven donné par Bernard Haitink et le Chamber Orchestra of Europe, l'exécution des 1reet 9e Symphoniesrestera le témoignage d'un immense travail d'orchestre, d'une pensée musicale portée à un rare point de décantation.  Le chef néerlandais qui a, depuis des lustres, conquis son statut de sage parmi ses pairs, achève avec ses jeunes musiciens un ouvrage d'une étonnante spontanéité. Parvenu à ce stade enviable de la carrière, celui de la contemplation des chefs-d'œuvre, Haitink trouve encore, non seulement à dire, mais à faire découvrir ce qui, dans la

Matthias Goerne interprète Der Winterreise : un moment d'exception

Matthias Goerne interprète Der Winterreise : un moment d'exception

 

On pense au vers « Ô temps ! Suspends ton vol » à l'écoute de l'exécution du Voyage d'hiver par le tandem Matthias Goerne-Christoph Eschenbach, tant elle tient en haleine. Ce cycle, Schubert l'a voulu intensément tragique, lui qui traversait, en cette année 1827, une grave crise morale, qui fera dire à Mayrhofer « la couleur rose s'était effacée de sa vie, l'hiver avait commencé pour lui ». I l retrouve la poésie de Wilhelm Müller, qui lui avait déjà donné La Belle Meunière, et sa thématique de l'errance, de la solitude et de l'idée de mort.  Mais tout ici prend une dimension plus inexorable, sans

Formidable Tristan… sans Isolde, au Théâtre des Champs-Élysées.

Formidable Tristan… sans Isolde, au Théâtre des Champs-Élysées.  Opéra de Richard Wagner, en trois actes (1865).  Orchestre symphonique de Birmingham, Chœur Accentus, dir. Andris Nelsons.  Lioba Braun, Stephen Gould, Matthew Best, Brett Polegato, Christianne Stotijn, Ben Johnson, Benedict Nelson.

Un exceptionnel Tristan par la seule présence de Stephen Gould, mais une Isolde (Lioba Braun) perdue sous les élans furieux de l’orchestre, mené avec une fougue parfois excessive, par le jeune et prometteur chef letton, Andris Nelsons.  Opéra de l’incomplétude harmonique et amoureuse, opéra du désir, de l’émotion et de la passion, opéra de la temporalité qui s’efface, opéra du pessimisme schopenhauerien, dans lequel seule la mort permet de résoudre la terrifiante diérèse entre Volonté et Représentation, de multiples facettes et une magie qui expliquent, sans doute, l’irrésistible attrai

Parsifal au Théâtre des Champs-Élysées : Daniele Gatti, inspiré.

Parsifal au Théâtre des Champs-Élysées : Daniele Gatti, inspiré.  Opéra en trois actes (1882) de Richard Wagner.  Orchestre national de France, Chœur de Radio France, Maîtrise de Radio France, dir. Daniele Gatti.  Christopher Ventris, Mihoko Fujimura, Kurt Rydl, Lucio Gallo, Detlef Roth, Andreas Hörl.

Daniele Gatti, inspiré, dirigeant sans partition ce « festival scénique sacré » sous le regard attentif du Parsifal de Maurice Denis, levant haut le Graal, perché sur la coupole du TCE.  Dernier opéra du maître de Bayreuth, œuvre complexe et mystérieuse ayant donné lieu à de multiples interprétations, néo-christique, maçonnique, ésotérique… Un opéra tout entier dominé par la quête de la Rédemption (« Wagner ou la quête de la Rédemption » : L’éducation musicale n°547-548, www.leducation-musicale.com) dont il constitue l’ultime aboutissement. Opéra initiatique assurément, opéra de la

Parsifal au Théâtre des Champs-Élysées : Daniele Gatti, inspiré.

Parsifal au Théâtre des Champs-Élysées : Daniele Gatti, inspiré.  Opéra en trois actes (1882) de Richard Wagner.  Orchestre national de France, Chœur de Radio France, Maîtrise de Radio France, dir. Daniele Gatti.  Christopher Ventris, Mihoko Fujimura, Kurt Rydl, Lucio Gallo, Detlef Roth, Andreas Hörl.

Daniele Gatti, inspiré, dirigeant sans partition ce « festival scénique sacré » sous le regard attentif du Parsifal de Maurice Denis, levant haut le Graal, perché sur la coupole du TCE.  Dernier opéra du maître de Bayreuth, œuvre complexe et mystérieuse ayant donné lieu à de multiples interprétations, néo-christique, maçonnique, ésotérique… Un opéra tout entier dominé par la quête de la Rédemption (« Wagner ou la quête de la Rédemption » : L’éducation musicale n°547-548, www.leducation-musicale.com) dont il constitue l’ultime aboutissement. Opéra initiatique assurément, opéra de la

La Clémence de Titus, exemplaire au Théâtre des Champs-Élysées.

La Clémence de Titus, exemplaire au Théâtre des Champs-Élysées.  Opera seria en deux actes (1791) de Wolfgang Amadeus Mozart, sur un livret de Pietro Metastasio, adapté par Caterino Mazzola.  Die Deutsche Kammerphilharmonie Bremen, Deutscher Kammerchor, dir. Louis Langrée.  Michel Schade, Alice Coote, Malin Hartelius, Rosa Feola, Christina Daletska, Brindley Sherratt.

Exemplaire dans son message que cette Clémence de Titus, œuvre créée à Prague le 6 septembre 1791, où Mozart, malgré la fatigue physique, pressé par le temps, renoue avec le genre de l’opera seria (dramma serio per musica), pour réaffirmer, haut et fort, sa foi dans les idéaux maçonniques de pardon, d’égalité,  de liberté et de fraternité, symbolisés dans la personnalité de Titus.  Exemplaire dans sa réalisation musicale, confiée  aux mains expertes de Louis Langrée qui connaît son Mozart (rappelons qu’il est le chef principal de la Camerata Salzburg) sur le bout des

Une Rusalka métaphorique au Royal Opera

Une Rusalka métaphorique au Royal Opera

Antonín Dvořák : Rusalka.  Conte de fées lyrique en trois actes. Livret de Jaroslav Kvapil. Camila Nylund, Alan Held, Bryan Hymel, Agnes Zwiergo, Claire Talbot, Daniel Grice, Anna Devin, Madeleine Pierard, Justina Gringyte, Gyula Orendt, Ilse Eerens.Royal Opera Chorus. Orchestra of the Royal Opera House, dir. Yannick Nézet-Séguin. Mise en scène : Jossi Wieler & Sergio Morabito.

 

Il est deux manières de présenter Rusalka, selon qu'on insiste sur l'aspect conte de fées ou qu'on s'attache à extraire le sens caché d'une pièce qui puise ses origines à diverses sources : l'Undine de l'allemand Friedrich de la Motte-Fouqué, la Petite Sirène du danois Hans Christian Andersen, mais aussi le conte populaire poitevin de la fée Mélusine, ou les traces laissées par le folklore russe ou ukrainien, voire une étymologie encore plus lointaine, tirée de l'histoire byzantine.  Dans la mythologie slave, les « rusalki » sont des esprits impurs, vivant dans l'eau des rivières, des femmes ou