La Didone au Théâtre des Champs-Élysées : pour la musique et les chanteurs !  Opéra en un prologue & trois actes (1641), sur un livret de Francesco Busenello, d’après Virgile.  Les Arts Florissants, dir. William Christie.  Mise en scène : Clément Hervieu-Léger. Anna Bonitatibus, Kresimir Spicer, Xavier Sabata, Maria Streijfert, Katherine Watson, Tehila Nini Goldstein, Mariana Rewerski, Claire Debono, Damien Guillon, Terry Wey, Nicolas Rivenq, Valerio Contaldo, Mathias Vidal, Joseph Cornwell, Francisco Javier Borda. 

Oublions rapidement la mise en scène insignifiante, réduite à une simple mise en espace, la scénographie et les décors tristes, sombres et sans intérêt, les costumes hideux et les éclairages blafards pour nous concentrer sur la superbe musique de Cavalli, magnifiquement servie par Les Arts Florissants dirigés du clavecin par William Christie et par une distribution vocale d’une remarquable et homogène qualité, dont une partie est issue du jardin des voix, cher à William Christie.

 

Un opéra comme une longue complainte fait d’une succession de lamenti, utilisant le recitar cantando pour nous conter les malheurs de Didon et des héros troyens, le malheur dans sa splendeur déchirante qui constitue la clé de cet opéra.  L’efficacité de cette forme repose sur une basse obstinée, cellule musicale simple et répétitive sur laquelle se  développent à l’infini voix et instruments.  Pier Francesco Cavalli (1602-1676) compose La Didone  pour le carnaval de Venise en 1641, maître de chapelle à la basilique Saint-Marc, élève de Monteverdi, sa carrière dans le domaine lyrique est indissociable de l’essor de l’opéra public italien payant, il participe à la fondation du Teatro San Cassiano (où fut créée d’ailleurs La Didone) dont l’ouverture, en 1637, constitue une date majeure dans l’histoire de la musique, une naissance contemporaine du Globe londonien et du théâtre de Lope de Vega en Espagne. La Didone mélange, comme cela deviendra la règle dans l’opéra vénitien, personnages divins, nobles, roturiers, mais également les genres sérieux et comique.  Busenello substitue ici, de façon très surprenante, une fin heureuse qui s’éloigne de la source virgilienne, Didon ne meurt pas, mais retrouve un nouvel amour auprès de Iarbe, fou d’amour, achevant ainsi de transformer le drame en tragi-comédie. Une œuvre importante que William Christie et ses musiciens abordent pour la première fois, tout comme Anna Bonitatibus dans le rôle de Didon, une première rencontre avec l’opéra de Cavalli, qu’ils explorent tous deux avec le même succès.  Ajoutons aux louanges, le puissant et viril Énée de Kresimir Spicer, le fringant et délirant Iarbe de Xavier Sabata, la très belle présence scénique et vocale de toute la distribution et les remerciements particuliers pour Damien Guillon qui, de la fosse d’orchestre, prêta sa voix à Terry Wey souffrant, ne pouvant, de ce fait, donner corps qu’à un Ascanio muet.  Une bien belle soirée lyrique qui aurait pu, à moindre frais, être une version de concert !

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