Bernard de Vienne, Volage pour orchestre de plectres, Delatour France, DLT2900

 

Volages est une composition de Bernard de Vienne pour orchestre d'instruments à plectre comprenant mandolines, mandoles, guitares, mandoloncello et contrebasse. Créée en 2018 et en 2019 par l'Ensemble MC21, dirigé par Florentino Calvino, à qui la partition est dédiée.
Avec une durée de l'ordre de sept minutes, Volage présente une forte opposition entre une texture délicate de sons soutenus et incisive et désinhibée de sons martelés. Une bonne partie de la composition repose sur des effets qui sont obtenus avec l'orchestre à plectre grâce à la technique du trémolo. Ils sont souvent déstabilisés par des glissandi constants et accompagnés de variations dynamiques élastiques.
La texture des sons martelés est constituée de petites cellules motiviques basées sur des collections de hauteurs symétriques et octatoniques, assurant ainsi la sensation de staticité qui imprègne une bonne partie de l'œuvre à l'exception de quelques éruptions à des moments particuliers de la pièce. Cette opposition entre les textures peut également être comprise comme celle entre un temps lisse et un temps strié.
L'orchestration étoffée de Bernard Vienne, malgré un effectif instrumental particulier, fait penser, dans certains passages, aux effets instrumentaux riches et épais de György Ligeti et Friedrich Cerha. En termes de techniques étendues, Volage emploie un arsenal foisonant mais qui ne découragerait pas les instrumentistes les plus conservateurs (l'œuvre prévoit l'utilisation de plusieurs types de glissando et demande des bottlenecks).
Cette éditions est bien éditée, comporte des instructions claires et est imprimée sur du papier de qualité (bien meilleure que celle que l'on voit souvent dans les livres universitaires publiés par le même éditeur).
En somme, Volage est un ajout intéressant au répertoire de l'orchestre à plectre, une formation prometteuse qui mérite plus d'attention de la part des compositeurs contemporains.
Charles DE PAIVA SANTANA
© L'ÉDUCATION MUSICALE 2021

 

Camille Saint-Saëns : Oratorio de Noël op. 12 pour cinq solistes, chœur, harpe, cordes et orgue obligé, Bärenreiter « Urtext », BA11304-90, BA11304 (réduction piano)

 

Édité par Christina M. Stahl dans la Collection « Musica Gallica » 2021

L’oratorio de Noël est l’œuvre d’un jeune homme de 23 ans, sa première œuvre achevée dans le genre oratorio. L’œuvre a depuis longtemps la faveur des chœurs qui inscrivent fréquemment à leur programme son dernier numéro Tollite Hostias comme pièce indépendante. Conçu sous l’inspiration de la deuxième partie de l’oratorio de Noël de Jean-Sébastien Bach, l’œuvre est écrite pour orgue, harpe, orchestre à cordes, quintette de solistes et chœur. On est frappé par l’énergie de certaines pièces comme le chœur Quare fremuerunt gentes dont l’écriture des cordes n’est pas sans évoquer le confutatis du requiem de Mozart. Cet oratorio mérite amplement l’engouement qu’il a suscité depuis sa création le 24 décembre 1858 en l’église de la Madeleine dont le compositeur tenait les orgues depuis le début de l’année.
Il s’agit de la fameuse série Bärenreiter Urtext dans la collection « Musica Gallica », rassemblant des œuvres du patrimoine musical de France dans une édition critique d’une qualité absolument remarquable. C’est une constante dans cette collection, le conducteur est d’une lisibilité irréprochable, la mise en page, optimale, est d’une grande clarté. Ce conducteur grand format se prête donc autant à l’étude qu’à la direction en répétition et en concert. Mais c’est la qualité de l’édition critique qui force l’admiration et il faut saluer ici le travail de Christina M. Stahl qui propose un appareil critique d’une grande richesse. L’avant-propos historique et musicologique est passionnant et il s’enrichit encore de notes sur la tradition d’interprétation, le tout en Allemand, Anglais et Français. Un précis très éclairant sur la prononciation Gallicane du texte Latin, en usage au moment de la composition, ainsi qu’une prononciation phonétique et une traduction complète font de cette édition un précieux outil pour les interprètes ou les étudiants. En fin de volume, le commentaire critique (hélas uniquement en anglais) est l’un des plus complets qui soient et les références argumentées aux diverses sources et variantes dénotent un travail en profondeur d’une grande rigueur. C’est un privilège de découvrir ou redécouvrir ce bel Oratorio dans une édition d’une telle qualité et d’une telle richesse. La réduction chant/piano est tout aussi remarquable et notons que cette édition très complète propose également la partition vocale ainsi que le matériel d’orchestre.
Jean-Michel DESPIN
© L'ÉDUCATION MUSICALE 2021

 

Hyacinthe JADIN, Concerto pour piano n° 2 en ré mineur, Symétrie, ISMN 979-0-2318-0365-5

Né en 1776 et mort prématurément de tuberculose en 1800 à l’âge de vingt-quatre ans, Hyacinthe Jadin est l'un des représentants les plus originaux du préromantisme français. Sa courte carrière fut cependant féconde. Compositeur précoce (dès l’âge de neuf ans), il fait partie d’une famille de musiciens. On lira avec intérêt la notice consacrée à cette œuvre par Jérôme Dorival https://symetrie.com/fr/titres/concerto-pour-piano-orchestre-n-2 et qu’il est inutile de recopier ici. On pourra également écouter en partie l’œuvre sur YouTube, notamment les deuxième et troisième mouvements https://www.youtube.com/watch?v=CDfFAEaHgNc On peut également y trouver d’autres œuvres de Hyacinthe Jadin, notamment sa musique de chambre. Pour ce concerto, non seulement le conducteur est disponible en deux formats mais aussi tout le matériel d’orchestre ainsi qu’une réduction pour deux pianos. On ne peut que recommander chaudement la découverte de cette partition et de ce compositeur trop peu connu.
Daniel BLACKSTONE
© L'ÉDUCATION MUSICALE 2021

 

George A. SPECKERT : Merry Christmas pour cordes. Bärenreiter : BA 10652.

Dans la collection Easy string ensemble, voici un recueil bien intéressant. Bien sûr, il n’est pas tout à fait de saison, mais il n’est jamais trop tôt pour prévoir son futur programme. Tous les Noëls (onze) contenus dans ce recueil sont des « tubes » : Adeste fidèles, Stille Nacht, O Du Fröhliche, Les anges dans nos campagnes, Il est né le divin enfant… Les arrangements sont très bien faits. Ils sont à la fois fidèles à l’original et réalisés avec goût et originalité. Chaque partie du quatuor y trouve son compte : la mélodie voyage tout en étant toujours parfaitement identifiable. L’ensemble est facile, mais sans facilités. Au contraire, ce recueil comporte un véritable intérêt musical et instrumental, ce qui n’est pas toujours le cas de tels arrangements. Nul doute que les ensembles qui s’en empareront n’y trouvent à la fois beaucoup de plaisir et beaucoup de profit.
Daniel Blackstone
© L'ÉDUCATION MUSICALE 2020

 

Camille SAINT-SAËNS : Danse macabre op.40 pour orchestre. Bärenreiter : BA 8834.

Il s’agit d’une publication Urtext d’après l’édition des œuvres instrumentales complètes. L’édition est réalisée par Hugh Macdonald. Comme il s’agit d’une œuvre française, nous bénéficions d’une traduction française de la très intéressante préface qui introduit la partition. Rappelons que l’origine de l’œuvre se trouve dans la mélodie écrite par Saint-Saëns sur le poème d’Henri Cazalis (Jean Lahor) intitulé Égalité-Fraternité. Saint-Saëns a également réalisé une version pour deux pianos et Liszt pour un seul… Il est bien agréable et intéressant de posséder une véritable édition critique de cette œuvre si connue et si souvent jouée.
Daniel Blackstone
© L'ÉDUCATION MUSICALE 2020

 

Jean-Christophe AURNAGUE : Suite Vénitienne, pour soliste et orchestre à cordes -conducteur-, Editions DELATOUR : DLT1063.

L’arrangement pour hautbois de cette suite est signé Christian Escafre. Cette œuvre, explique l’auteur, organiste à Monaco, et donc impliqué dans les manifestations de la principauté, «  relate deux anniversaires. Le premier : la venue de S. A. S. le Prince Rainier III pour les 70 ans de l’église du Sacré-Cœur le 13 juin 1999 qui est considérée comme la «  Sixtine de Monaco  » dans le plus pur style belle époque. Le deuxième : le grand bal de septembre 1951 qui se tient à Venise et qui fut d’une telle exubérance baroque et qui marche l’apogée d’une capitale de l’art dans l’allure et l’élégance. Dans ces deux cas, c’est une recherche musicale dans la beauté qui a guidé mes pas à travers ces fresques du Divin Sauveur et de ces prodigieuses silhouettes énigmatiquement masquées  ».
Trois mouvements composent cette suite imitant le style ancien et italien : un Andante présente un thème légèrement varié au hautbois sur un accompagnement régulier de doubles croches, un Aria en ternaire (avec cadence), un Allegro sur un rythme de «  croche-deux doubles  », interrompu par une partie Largo aux valeurs longues du thème monnayé jouées aux cordes, conclue l’œuvre en reprenant plusieurs motifs mélodiques et rythmiques. Précisons qu’il existe une version pour hautbois et orgue.
Sophie Jouve-Ganvert

Publiée avec le concours du département de Musique et Musicologie de l’UFR ALL – Metz de l’Université de Lorraine, cette édition comporte une notice sur Gluck, et la présentation d’Orphée et Eurydice ainsi que le synopsis de l’œuvre. Nous ne résumerons pas la présentation de l’œuvre qu’on peut lire intégralement sur le site de l’éditeur. Disons que les trois pièces orchestrales présentées ici interviennent à trois moments très importants de l’opéra. Le Ballet des ombres heureuses est certainement l’une des pièces les plus connues. Le site de l’éditeur nous propose également un copieux extrait PDF de la partition ainsi que des extraits sonores des trois pièces proposées ainsi que la référence à l’enregistrement sur disque compact de Orphée et Eurydice disponible sous le label Virgin Classics. Ajoutons que le matériel d’orchestre est également disponible. Il est bien agréable de disposer ainsi de cette suite d’orchestre dont certaines parties sont facilement abordables même pour de jeunes orchestres.
Daniel Blackstone

Dans le cadre de la publication des œuvres de Haydn, voici donc cette symphonie en do Majeur qu’on peut dater de 1788. Elle comporte quatre mouvements : Après un allegro assai précédé d’un adagio se présente un andante plein de grâce chantante et de charme où l’on sent toute l’influence de Mozart. Le menuetto qui suit est empreint de cette bonhommie si caractéristique de Haydn ; quant au Final indiqué « allegro assai », il nous emporte dans un tourbillon de bonne humeur qui fait du bien… L’édition est, comme toujours parfaitement lisible et agréable à voir et destinée à être utilisée comme édition de travail ou par un chef !
Daniel Blackstone

Cette fois, nous avons une préface en français, et tout à fait passionnante : elle nous retrace en effet toute la genèse de l’œuvre et sa place dans l’œuvre de Debussy. Rappelons qu’assez curieusement Debussy a écrit la réduction pour piano et clarinette, souvent jouée, avant la partition d’orchestre, peut-être à cause des délais impartis. Quoi qu’il en soit, on y retrouve tout l’art de Debussy à commencer par une orchestration chatoyante dans le style de La Mer. Même si elle est d’abord un « morceau d’examen », elle est évidemment bien plus que cela. Cette même préface nous donne également de précieux renseignements sur l’esthétique et la tradition d’interprétation de l’œuvre. Bien sûr, la graphie est, comme toujours, à la hauteur du travail de l’éditeur qui nous fournit en fin de volume ses sources et le commentaire critique.
Daniel Blackstone

« Écrite initialement pour le piano, et déjà éditée dans le recueil des 10 pièces romantiques, cette transcription pour orchestre symphonique me semble convenir au caractère solennel de cette œuvre, dont le style doit beaucoup aux grands compositeurs de l’époque romantique. » C’est ainsi que l’auteur présente cette pièce écrite tout à fait dans la grande tradition du « choral » issu de la Réforme. L’ensemble est solennel, certes, mais sobre et sans grandiloquence. C’est une grande méditation qui chemine « Moderato » passant par des contrastes de nuances très expressifs, souvent poignants.