Aleksey Igudesman : Beethoven Takes Five, pour quatuor à cordes avec piano facultatif, Universal Edition, UE 38 098 (conducteur), UE 38 099 (parties séparées, cordes)

 

Aleksey Igudesman, le violoniste russo-allemand est absolument unique dans son genre. Connu du public du monde entier par ses sketches musicaux avec le pianiste coréen Joo, il déborde d’imagination et nous fait rire, sourire et redécouvrir la musique classique d’une manière souvent détournée, mais toujours de bon goût et dans une interprétation remarquable.
Dans son nouvel arrangement, il fait encore une fois preuve d’une grande maîtrise, que ce soit au niveau du style, de l’écriture que de l’ingéniosité.
Le titre Beethoven Takes Five est ici un véritable jeu de mots à plusieurs niveaux. Tout d’abord il fait une allusion évidente au célèbre standard jazz de Paul Desmond, enregistré à l’origine par Dave Brubeck Quartet – Take Five. Le thème de la Cinquième (Fifth) de Beethoven est retravaillé par Igudesman dans une mesure 5/4, tout comme chez Desmond et le rythme d’accompagnement ne fait plus aucun doute sur l’inspiration. Enfin, notre violoniste invite un.e pianiste à se joindre au quatuor et voilà, la boucle du 5 est bouclée !
Cette partition dédiée aux femmes - quatuor Ladystrings et la pianiste Julia Goldstein – est pleine d’indications de mise en scène : les musiciens peuvent compter à voix haute à tour de rôles, ensemble ou encore avec le public. Il y a de quoi préparer tout un spectacle. Et surtout, rappelons- nous, les musiciens classiques : la mesure à 5 temps c’est – pas – di – ffi – cile !
Notez que la version pour deux violons, déjà recensée sur nos pages (voir ici ), existe chez l’éditeur sous référence UE33658 et la très belle version d’Aleksey Igudesman et Julian Rachlin est à écouter ici.
Amusez-vous bien !

Anna Maria BARBARA
© L'ÉDUCATION MUSICALE 2021

 

Wolfgang Amadeus Mozart, Streichquartette Band I : Salzburger Divertimenti, Italienische Quartette (Quatuors à cordes, volume I : Divertissements salzbourgeois, Quatuors italiens), édité par Wolf Dieter Seiffert, G. Henle Verlag, Urtext, HN1120

 

Le premier volume de cette édition intégrale des Quatuors de Mozart contient le « Quatuor Lodi » en sol majeur, K 80, Trois « Quatuors Divertimenti » K. 136 – 138 et les Six « Quatuors à cordes italiens » K. 155 – 160. Leur composition s’étale entre 1770 et 1773.
Le Quatuor Lodi – son nom évoque la ville où le compositeur, âgé seulement de 14 ans, l’a vraisemblablement écrit dans une auberge, lors d’une tourné effectuée en Italie du nord – est particulier pour plusieurs raisons : son manuscrit gardé à la Bibliothèque Jagiellońska à Cracovie est non seulement daté très précisément ( Lodi, 15 mars 1770 ) mais indique aussi l’heure ( 19 heure ! ), il comporte quatre mouvements, tous en sol majeur, contrairement aux autres œuvres présentées ici, qui n’en ont que trois.
Les Divertimenti ( appelés aussi Salzburger Divertimenti ), sont datés sur le manuscrit ( appartenant à un propriétaire privé en Allemagne ) « Salisbourgo 1772 », mais selon les recherches menées par Wolf Dieter Seiffert, nous pouvons supposer qu’ils ont vu le jour dès la fin d’automne 1771 à Milan, la date et le lieu indiquant simplement la fin des corrections et des modifications finales. De plus, leur caractère « cantabile », proche de la musique vocale italienne, renforce cette hypothèse. On peut penser que leur écriture quasi-symphonique invite à les interpréter avec un orchestre à cordes, ce qui par ailleurs est souvent le cas.
Les Six « Quatuors à cordes italiens », dont le manuscrit est conservé par la Staatbibliothek zu Berlin n’est malheureusement pas daté. Grâce aux documents épistolaires on peut situer leurs créations entre 1772/73. Il est intéressant de savoir que les indications des tempi et des noms de mouvement viennent la plupart des fois de la plume appartenant au père Leopold Mozart. Pour en savoir plus, nous vous renvoyons à la très complète préface, éditée, comme c’est toujours le cas chez Henle, en allemand, en anglais et en français ( ce que nous apprécions tout particulièrement ! ) et aux commentaires éditoriaux qui se trouvent dans la partie de violon I ( en allemand et en anglais ). La mise en page très claire et précise, ainsi que le système des pages pliées permettent une exécution sans se soucier de tournes.
La présente édition est basée entièrement sur les manuscrits qui existent, fort heureusement, pour toutes ces compositions.
Notez qu’une version digitale pour tablette est également disponible sur le site de l’éditeur ; vous y trouverez également le conducteur sous la référence HN 7120.
Il ne reste plus qu’à se régaler et à ravir le public en interprétant ces œuvres d’un charme intemporel.

Anna Maria BARBARA
© L'ÉDUCATION MUSICALE 2021

 

Alireza Mashayekhi, ̔Darya  ̓ A Parsian Suite pour quatuor à cordes, DELATOUR France (www.editions-delatour.com)

Alireza Mashayekhi est un compositeur iranien, formé à L'académie de musique et des arts du spectacle de Vienne et à l’institut de sonologie à Utrecht. Il occupe un poste de professeur de composition à l’Université de Téhéran.
Sa composition pour quatuor à cordes, op 137, No.2, largement inspirée, comme l’indique le titre, par la musique persane, contient quatre mouvements. Toutes les parties en la mineur, où la note de la est omniprésente, sont tenues dans un climat sombre. Il n’y a aucune description du caractère des mouvements si ce n’est quelques indications métronomiques. Le Ier mouvement, avec beaucoup d’unissons demande une bonne synchronisation entre les musiciens. Le 2 e est une sorte de marche aux rythmes assez simples, avec quelques éléments d’écriture contemporaine (coups d’archet « jeté »), beaucoup de mouvements rythmiques et mélodiques parallèles entre deux, trois ou quatre instruments. Le 3 e mouvement, lent, à mon goût le plus réussi, est dans l’esprit d’improvisation, avec des longs chants dialoguant entre le violon 1 et le violoncelle dans un climat méditatif. Le 4 e est encore une marche, presque militaire, avec des éléments techniques tels que : glissades en tremolo, pizz. Bartok, changements fréquents et rapides des nuances. Dans l’écriture on retrouve les mouvements parallèles. Cette composition peut être étudiée en cours de musique de chambre par des élèves en fin de 2 e et en 3 e cycle. Il faut néanmoins bien les guider dans le choix des coups d’archets qui ne sont parfois que suggérés.
La partition est très soigneusement éditée et contient toutes les parties séparées ainsi qu’un conducteur.
Vous trouverez ici une version pour l’orchestre à cordes :
https://www.youtube.com/watch?v=FvBEfQmfGuk&list=OLAK5uy_ng0KFvqNiJHvNpm6B3xE gkb5WRkZ_k2NI
Anna Maria BARBARA
© L'ÉDUCATION MUSICALE 2021

 

Henri-Jean SCHUBNEL, Trio op. 25 pour violon, clarinette et piano, Delatour, DLT 2840

Ce trio pour violon, clarinette et piano comporte les mêmes qualités lyriques et expressives qu’on connait à ce compositeur. Né à Nice en 1935, il a reçu en 1955 le Grand prix de la ville de Nice attribué à l’élève le plus remarqué lors des concours du conservatoire (premier prix d’orgue à l’unanimité, première médaille d’harmonie…). Il compose dès l’âge de 12 ans, et est élève de Tony Aubin, mais il est également docteur ès sciences naturelles, et a été professeur de minéralogie au Muséum national d’histoire naturelle. Quatre mouvements dans ce trio : un allegro, un scherzo, un troisième mouvement « expressif » et un final allegro. Ecrit en 2001, cette œuvre nous est heureusement présentée aujourd’hui par les éditions Delatour France.
Daniel BLACKSTONE
© L'ÉDUCATION MUSICALE 2021

 

BEETHOVEN : Streichquartett in B op. 130. Urtext Bärenreiter : BA 9030.

Cette référence Urtext ne contient que les parties séparées du quatuor de l’opus 130. Ce treizième quatuor, en Sib M, dédié au Prince Galitzine fut composé en 1825, en seulement deux mois, créé en 1826 à Vienne, édité en 1827, mais amputé de la Grande fugue, jugée trop austère pour le public et trop difficile techniquement pour les interprètes. La presse rapporte : « Les premier, troisième et cinquième mouvements sont sérieux, lugubres, mystérieux, parfois bizarres, rugueux et volontaires ; le deuxième et le quatrième pleins d’insouciance, de gaité et de malice » […]. Mais le final fugué semble « aussi incompréhensible que le chinois ». Un Final remplacera ce sixième mouvement, qui suit un Adagio ma non troppo, un Allegro, un Presto, un Alla danza tedesca, une Cavatine, « composée dans les larmes ». Trois sources ont permis ce travail d’édition : un brouillon autographe, un ensemble autographe disséminé dans six bibliothèques, des pièces de manuscrits portant des corrections de la main de Beethoven et la première édition de 1827. La notation originale est conservée ; en cas de nécessité, l’écriture est modernisée, unifiée, les ajouts ou développements sont signalés. Les lettres repères sont reprises des anciennes éditions. Pour avoir accès aux commentaires critiques très fournis, il faut se procurer le volume BA 9030-40. Le conducteur préfacé a pour référence TP 930.
Sophie Jouve-Ganvert
© L'ÉDUCATION MUSICALE 2020

BEETHOVEN : Grosse Fugue für Streichquarttet op. 133. Urtext Bärenreiter : BA 9033.

Nouvelle édition, Urtext, de la Grande fugue, en Sib M, en parties séparées seulement, sans commentaire ni préface, ni conducteur. Dédiée à l’archiduc Rodolphe d’Autriche, la Grande fugue appartenait à l’origine au treizième quatuor dont elle constituait le sixième et dernier mouvement, mais le peu de succès obtenu à la création et les difficultés techniques relevées par Holz, second violon du quatuor Schuppanzigh, contraignent Beethoven de la retirer de l’oeuvre, à la demande de son éditeur et de la remplacer par un autre final. Artaria la publia isolément du quatuor en 1827, après la mort de Beethoven. Beethoven en donnera une version pour piano à quatre mains, publiée comme opus 134. Cette nouvelle édition a été travaillée par Jonathan Del Mar, d’après les sources suivantes : une partition autographe, des parties manuscrites avec des corrections de Beethoven, la première édition de mai 1827, ainsi que la partition autographe de la version pour piano à quatre mains (retrouvée en 2005).
La préface du conducteur soulève quelques problèmes éditoriaux (sur les terminaisons de trilles, les notations de nuances, d’abréviations, de point et de tiret, de lettres repères). Notons la « modernisation » de l’emploi des clés de la partie de violoncelle choisie afin d’éviter les problèmes de lecture et de hauteur Pour des raisons pratiques, on regrette que le conducteur et les commentaires critiques très détaillés soient à consulter dans un autre volume (BA 9030-40). Le conducteur préfacé est paru sous la référence TP 933.
Sophie Jouve-Ganvert
© L'ÉDUCATION MUSICALE 2020

 

Henri-Jean SCHUBNEL : Barcarolle op.22 pour flûte, clarinette en sib, alto et violoncelle. Delatour : DLT 2843.

Une petite remarque préliminaire : le conducteur présente la partie de clarinette en notes réelles, ce qui est bien agréable pour une lecture intérieure… Cette très agréable barcarolle se déroule harmonieusement dans un langage à la fois contemporain et très personnel. L’ensemble est lyrique à souhait et chaque instrument chante à son tour dans des phrases souples et très expressives. On ne peut qu’être séduit par le discours fluide et séduisant de cette oeuvre.
Daniel Blackstone
© L'ÉDUCATION MUSICALE 2020

Martin TOURISH : Celtic duets Flûte et accordéon. Universal : UE 38 035

Ce recueil couvre l’Irlande, l’Écosse, le Pays de Galles, la Cornouaille et la Bretagne. C’est dire à la fois l’unité et la variété de ce qu’il propose. Les treize pièces proposées sont arrangées pour flûte et accordéon à basse standard. Mais pour interpréter correctement ces pièces, il conviendra de lire attentivement les informations sur les pratiques d’interprétation mises en annexe. En effet, ce recueil qui couvre trois siècles de musique ne peut être interprété sans un minimum de connaissance des traditions diverses qu’il présente. Ce recueil est en tout cas d’un grand intérêt. Ajoutons que la lecture des indications sera d’autant plus facile que l’ensemble est donné non seulement en anglais et allemand, mais en français. Remercions-en encore une fois l’éditeur !
Daniel Blackstone
© L'ÉDUCATION MUSICALE 2020

Henri-Jean SCHUBNEL : Quatuor d’anches op. 10. Pour hautbois, clarinette en sib, saxophone ténor et basson. Delatour : DLT2842.

Il y a trois mouvements dans ce quatuor : un premier mouvement, assez rapide, est construit sur un thème repris successivement par les différents instruments. Un deuxième mouvement, moderato cantabile, très lyrique se déploie ensuite. Le troisième mouvement, très rythmé et rapide se termine fortissimo par un trait ascendant. L’ensemble est très chantant et très intéressant par sa variété et par son lyrisme et n’est pas techniquement inabordable.
Daniel Blackstone

Alireza MASHAYEKHI : « Darya » A Persian Suite op.137 No.2 pour quatuor à cordes. Delatour : DLT 2848.

Alireza Mashayekhi, compositeur iranien né à Téhéran en 1940,, nous plonge dans la musique traditionnelle persane au travers de cette palette de couleurs très profonde, parfois inquiétante et virtuose. A Mashayekhi utilise dans cette oeuvre « la théorie complémentaire qu’il définit comme un complément modal à l’harmonie classique et au contrepoint baroque ». On y retrouve des notations modernes comme les « pizz Bartok », des jetés écrits en zigzag descendants, des groupes de notes encadrées devant être répétées asymétriquement ou encore des trémolos en glissades sans note d’arrivée décrite. Cette pièce en quatre mouvements a d’abord été écrite pour orchestre à cordes. Il y a une forte opposition entre les premier et troisième mouvements qui donnent une impression de contemplation lente, et les deuxième et quatrième mouvements qui sont rapides et fougueux. On peut écouter la première version pour orchestre sur YouTube https://www.youtube.com/watch?v=FvBEfQmfGuk
Marie Fraschini
© L'ÉDUCATION MUSICALE 2020