Que le simple ne soit pas forcément simpliste, une fois de plus cette très jolie pièce le démontre. Si l’éditeur nous parle d’« harmonies modernes », nous dirons plutôt harmonies fauréennes pleines de délicatesse. Cette promenade au fil de l’eau, dans un souple tempo à trois temps, évoque une sorte de rêverie douce pleine de lyrisme. Ce sera l’occasion pour l’interprète de soigner le son et l’expression. Mais cela n’est-il pas vrai de toute musique ? Comme à l’accoutumée, la compositrice mêle avec bonheur souci pédagogique et qualité musicale.

Nous retrouvons l’humour de l’auteur, mais aussi ses qualités de compositeur et de pédagogue. Le « bel avocat bavard » est doté d’un thème aussi plaisant que volubile. Les crevettes dansent joyeusement et après diverses péripéties, tout cela se termine par un mariage entre l’avocat et la reine des crevettes, mariage célébré par « Madame Cécile Mayonnaise, première adjointe au maire » sur un thème qui évoque une certaine « marche nuptiale » bien connue des organistes… Le tout est plein de fraîcheur (c’est de bon aloi pour l’ensemble des acteurs de ce conte !) On remarquera au passage que la cadence de six mesures peut être improvisée : le compositeur donne des indications pour le faire. Si le pianiste est essentiellement accompagnateur, il devra cependant déployer toutes ses qualités d’écoute pour, précisément, accompagner efficacement son compère violoniste dans toutes ses aventures.

Yves PIGNOT : Tu viens jouer ? Violon et piano. Quatre pièces pour les premières années. Les Editions Buissonnières : EB-2-236.

Ces petites pièces ont été conçues pour être jouées par deux instrumentistes de même niveau dans le but de découvrir et de « prendre goût à la musique de chambre sans être accompagné par un professionnel ». Piavioline est une très courte pièce de seize mesures en noires et en blanches. Vio-grognon se joue en doubles cordes à vide, avec un accompagnement à la rythmique répétitive. Piavioline danse le boléro est plus rapide et plus difficile. Suit Choral et variations pour Amandine et Étienne avec jeu en pizzicato, changement de mesures, et un petit air « jazzy ». Ces pièces utilisent les première et troisième positions ; les tempi et les coups d’archet sont indiqués. Dans la même série : « Tu viens jouer ? Trombone et piano ». 

Gioacchino ROSSINI : Le Barbier de Séville vol. 2 pour violon et piano. Arrangement : Régis Boulier. 3ème cycle. Sempre più : SP0197.

Nous avons rendu compte dans la lettre 106 de septembre 2016 du premier volume. Celui-ci comporte trois numéros : Almaviva, Quartetto et Finale. On y retrouve les mêmes qualités que dans le premier volume : fidélité aux originaux, science de la transcription et de l’enchainement des airs. Cette fois, tous les personnages y sont ! Nous sommes bien dans l’esprit des « paraphrases » du XIX° siècle mais, nous ne nous en plaindrons pas, pas plus que pour le premier volume… Au contraire, ce genre d’œuvre ne peut que donner envie d’aller écouter ou réécouter l’original.

Rose-Marie JOUGLA : Duocordes . 15 duos faciles pour violons. Facile. Delatour : DLT0864.

es quinze pièces ont été écrites par un professeur pour des professeurs… et leurs élèves ! Rappelons que par ailleurs, Rose-Marie Jougla est une instrumentiste de grand talent et une compositrice reconnue. Ces quinze pièces ont pour gageure d’être à la fois facile, musicales et graduées techniquement. Partant de la maîtrise des cordes à vide, s’y ajoute peu à peu celle des 1er, 2ème, 3ème et 4ème doigt. Permettre à des débutants de faire d’entrée de jeu de la musique de chambre, et d’acquérir ainsi la stabilité rythmique indispensable den même temps que le sens de la phrase musicale et de l’expression est le souci premier de ce recueil. On y retrouve toutes les qualités musicales habituelles de l’auteur. Ce recueil fera sûrement le bonheur des professeurs de violon et, espérons-le, de leurs élèves. 

Rose-Marie JOUGLA Le ruban de satin, pour violon et piano. Delatour France : DL T0861.

Pièce dans le style concertant, d’un seul mouvement, mais de tempi variés. La première partie, après l’introduction du piano, reprend continuellement la même formule rythmique accentuant ainsi le caractère mélancolique de la mélodie. La cadence qui la termine introduit la deuxième partie, beaucoup plus technique. La troisième partie, à la carrure de quatre mesures est en forme de menuet. La quatrième partie dans un tempo plus rapide alterne doubles cordes et batteries. La cinquième et dernière partie reprend la première mais à l’octave inférieure d’abord, puis à l’octave supérieure ensuite. Bien écrite pour le violon, (coups d’archets notés, indications d’interprétation indiquées), elle offre toutes les difficultés techniques attendues en troisième cycle, dont l’endurance. L’accompagnement de piano, la plupart du temps sous forme d’accords, sert essentiellement à maintenir la rythmique et la dynamique.

Philippe RIO : Suite de Danses Thérouldebourgeoises. Pièce en cinq mouvements pour violon et piano. Fin du 2ème cycle. Lafitan : P.L.3163.

Il n’est pas étonnant qu’un compositeur président de la Fédération Musicale de Haute-Normandie et vice-président de la Confédération Musicale de France nous entraine dans un bourg de Normandie, Bourgtheroulde, dont les habitants sont précisément les Thérouldebourgeois… Cette suite de danse est aussi réjouissante que variée et nous fait participer à l’histoire du village, dans un langage faussement moyenâgeux… On lira avec amusement les commentaires présentant chaque danse. Bref, on ne s’ennuiera pas à jouer cette partition pleine d’esprit et de charme.

Dominique de WILLIENCOURT : L’attente. Op. 20. Sonate pour piano et violon. Fortin-Armiane : EFA 116.

Dédiée au violoniste Gérard Poulet et au pianiste Patrick Zygmanovsky, elle constitue également un hommage à la Sonate de Debussy, dédiée il y a cent ans (1917) au père de Gérard Poulet, le violoniste et chef d’orchestre Gaston Poulet. Nous laissons ici l’auteur présenter sa sonate : « Basée sur le thème de l’attente, cette sonate en trois mouvements recherche une mélopée mélancolique que l’on découvre au cours du mouvement et qui trouve sa réalisation dans une phrase simple harmonisée à la française. Pour étirer le temps, le temps de l’attente, la passacaille s’ornemente d’une longue pédale de ré. Les deux trios et les variations reprennent son thème en le métamorphosant, plus rapide, moins vif, furieux, plaintif… de façon poétique et aléatoire » Il était inutile de paraphraser cette rigoureuse description. Les trois mouvements sont donc : L’attente - passionnément mélancolique, Passacaille et trio double – Furieusement plaintif et Final – un peu plus vite. L’ensemble est écrit dans un langage très personnel, très prenant, très lyrique aussi. C’est une très belle oeuvre qu’il faut faire découvrir au plus vaste public.

Gjovalin NONAJ : Musique des Balkans pour violon. Lemoine : HL 29285.

Ce recueil contient onze pièces originales d’inspiration folklorique : mélodies, danses, trois rhapsodies et un duo pour violons (à la tierce, en homorythmie). Comme dans toute musique issue du folklore, on y retrouve dynamisme, tournures mélodiques répétitives et modales, rythmiques irrégulières, dans un caractère alternativement festif et nostalgique. Cette tradition orale se traduit à l’écrit par l’utilisation de nombreuses valeurs à la croche (5/8+7/8) ou à la double-croche (11/16+7/16), ce qui rend la lecture mal aisée pour de jeunes élèves. Ces pièces n’ont pas la « clarté », ni la précision de notation efficace d’un Bartok. La difficulté de lecture ne doit pas faire oublier de rendre l’interprétation « libre » si l’on veut respecter l’esprit de cette musique. Notons que le recueil n’est pas progressif, qu’il comporte des chiffrages anglo-saxons pour un éventuel accompagnement. Quelques mauvaises « tournes » regrettables. A proposer en 2ème cycle.

Max MÉREAUX : Andantino pour violon et piano. Elémentaire. Lafitan : P.L.3030.

Cette charmante pièce à 12/8 en la mineur permettra au violoniste comme au pianiste de s’initier véritablement à la musique de chambre. La partie de piano est assez facile mais dialogue constamment avec celle du partenaire, soit en lui répondant soit en la suivant fidèlement. Nul décalage n’est donc possible et une parfaite entente est de mise, ce qui n’est pas toujours facile à réaliser. L’écoute sera donc primordiale entre violon et piano. Aux coups d’archet du violoniste devra répondre le phrasé du pianiste. L’ensemble est très chantant, très poétique et comporte une cadence qui permettra au violoniste de montrer encore plus sa sensibilité.