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Catégorie : Violon

Cette toute nouvelle parution de l’œuvre monumentale pour violon de Bach, Sei Solo â Violino senza Basso accompagnato, éditée par Peter Wollny remplace la version précédente. Nous pourrions nous poser la question : pourquoi encore une fois réviser le texte du Grand maître ? Y-a-t-il des détails que les musicologues et les interprètes ont omis ? Voici la preuve qu’un travail de recherche musicale est vivant et évolutif, comme tout autre science. En effet, la lecture d’un manuscrit suscite souvent de nombreuses questions. Dans le cas de Sonates et Partitas elles concernent le plus souvent des liaisons. Contrairement à ce que pensent parfois de nombreux musiciens-violonistes, il ne s’agit pas que de phrasés (même dans les mouvements lents), mais de coups d’archet. N’oublions pas que Bach pratiquait aisément le violon, qui à l’époque avait de nombreux types.
Dans la préface (présentée en allemand et en anglais) nous trouverons une belle citation de Carl Philipp Emanuel Bach parlant de son père à ce sujet :
« Il comprenait parfaitement les possibilités qu’offraient tous les instruments de la famille du violon. Ses Soli pour violon et violoncelle sans basse le démontrent d’une manière très évidente. L'un des plus grands violonistes m'a dit un jour qu'il n'avait rien vu de plus accompli pour devenir un bon violoniste et qu'il ne pouvait recommander rien de mieux aux élèves motivés que les Soli pour violon sans basse mentionnés ci-dessus. 1 »
Nous constatons des ajustements et des corrections que Bärenreiter a apportés par rapport à l’édition précédente, notamment dans les mouvements lents. Celle-ci est révisée, comme la précédente, à partir de neuf sources manuscrites : cinq copies contemporaines à Bach - dont celles du compositeur et de sa femme Anna Magdalena Bach, qui ont servi de base à la recherche – et quatre copies datant de fin XVIIIe /début XIXes.
Tout ce travail musicologique et éditorial démontre clairement que les musiciens désireux d’être au plus près des intentions d’un compositeur, ont intérêt à faire confiance aux éditions savantes, dont Bärenreiter est un exemple illustre.
Bien que le résultat soit très fiable, il n’est pas impossible que des nouvelles découvertes resurgissent d’ici quelques années et qu’une nouvelle version nous soit présentée.

1 Lettre à Johann Nikolaus Forkel, fin de 1774, publiée comme n° 801 dans H.-J. Schulze, Dokumente zum Nachwirken J.S. Bachs 1750-1800, Leipzig 1972 (Dok III), Nr. 801. Traduit par Régine Bloch.
Anna Maria BARBARA
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