Pierre BOULEZ : Fragment d’une ébauche, pour piano (1987). Universal Edition : UE 36 098.

Pierre Boulez et Jean-Marie Lehn étaient tous deux enseignants au Collège de France. A l’occasion de son prix Nobel de chimie, le chimiste reçoit en cadeau cette très courte pièce de son collègue musicien. « Le fragment d’une oeuvre à venir pour piano et ensemble instrumental, encore à l’état d’ébauche. Mais pour un prix Nobel, on peut bien faire une exception et livrer une simple ébauche en témoignage de sympathie et d’admiration ». Boulez, lors de la création en 2013 à Strasbourg, explique à son dédicataire présent : « …il y avait ces esquisses qui étaient là, qui attendaient quoi ? rien du tout ! (…). Avec votre nomination (…), il [fallait] faire un cadeau et le cadeau était tout prêt, heureusement (…). Il n’y avait aucune intention (…), c’est un « objet trouvé ». Espérons que ces trente secondes agressives et décousues auront contenté le nouveau prix Nobel !
Sophie Jouve-Ganvert
© L'ÉDUCATION MUSICALE 2020

Ludwig van BEETHOVEN : Klaviersonate, Band 2. Wiener Urtext Edition, Schott/Universal Edition : UT 50428. Edité par Hauschild/Reutter

Ce deuxième volume contient, outre les dix sonates des op. 26, 27/1 (Sonata quasi una fantasia) et 2 (Sonate au clair de lune), op. 28 (Sonate Pastorale), op. 31/1-3 (dont La Tempête), 53 (Walstein), 54 et 57 (Appassionata), composées entre 1800 et 1806, ainsi que l’opus 49 (les deux Sonates faciles).
Contrairement aux sonates du premier volume, nous possédons les manuscrits de travail de la main de Beethoven, de cinq opus, (26, 27/2, 28, 53 et 57) ce qui permet d’en apprécier les techniques de correction. Les erreurs des premières éditions étant très nombreuses, il a été indispensable de comparer nombre d’autres sources pour ce nouveau travail éditorial. Les ajouts y sont indiqués entre crochets ou entre parenthèses.
Ce volume contient une centaine de pages de nombreuses et précieuses notes critiques (versions allemand-anglais) se rapportant à chaque sonate. Ce qui représente un outil de travail indispensable pour tout interprète scrupuleux. Précisons que les doigtés sont de H. Kann (opus 57), de N. Taneda (opus 26), de B. Bloch (opus 27), de P. Gililov (opus 28 et 54) et de G. Ludwig (opus 31), de L. Hokanson (opus 49), et de J. Lateiner (opus 53). Ce « nouveau testament de la musique pour piano » (Hans von Bülow), volume très épais (333 pages) d’une telle qualité éditoriale mériterait une couverture cartonnée rigide.
Sophie Jouve-Ganvert
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K 2019 : Mirage, 4 (Hommage) Etudes, Tacto, pour piano. Universal Edition UE 36 069.

Cet intéressant volume recueille les compositions de trois des lauréats du Concours de composition Mauricio Kagel de 2019.
Mirage (d’une durée de 6 minutes) de Ayaz Gambarli (2018) qui a reçu le premier prix, sonne tendrement dans une atmosphère personnelle avec des jeux d’accords, de pizzicati, des jeux de doigts sur les cordes, enveloppés d’un fond de pédale.
4 (Hommage) Etudes de Dimitris Maronidis a obtenu le troisième prix. Chaque courte étude rend hommage à quatre compositeurs en initiant les jeunes étudiants à l’esthétique de la musique moderne de manière agréable. La première rappelle Lachenman, (chef de file du mouvement Klang) en proposant un travail sur les propriétés sonores des agrégats avec une précision rythmique et un jeu très léger de la main accompagnante.
La deuxième est un hommage à György Ligeti en proposant de travailler sur l’exécution de figures rythmiques inégalement longues, en les chevauchant, sur des mouvements pratiquement conjoints et cycliques, notes tenues d’une main sur l’autre, ce qui produit un halo sonore.
Conçue mécaniquement, sur une basse répétitive et staccatissimo, la troisième pièce est un hommage à Steve Reich. La partie supérieure explore les registres aigus sur un seul rythme qui doit être clairement articulé. Avec de jeunes élèves, cette étude peut être jouées à quatre mains.
Forme ouverte pour la quatrième pièce : hommage à Gundega Smite (Shadow Clock in C). Sur une harmonie douce et égrenée, une mélodie ponctue dans le suraigu ses rythmes irréguliers. A chacun de trouver un bon équilibre entre les différentes parties, sans les contrarier.
Tacto, Six etudes for young musicians de Ignacio Brasa Gutierrez (récompensé par une « mention honorable ») est un ensemble de six études aux titres très évocateurs et très bien illustrés : I. Walking on dry leaves, II. On the ice, III. Passacaglia below stalactites, IV. Barefoot on a stony river bed, V. Under shooting stars, VI. On the seashore.
Ces pièces écrites par de jeunes compositeurs méritent d’être proposées à un large éventail de jeunes (et moins jeunes) pianistes, non débutants.
Sophie Jouve-Ganvert
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Arnold SCHÖNBERG : Sechs kleine Klavierstücke opus 19, pour piano. Universal Edition : UE 37 224.

1. Leicht, zart (léger, délicat)
2. Langsam (lent)
3. Sehr langsam (très lent)
4. Rasch, aber leicht (rapide mais léger)
5. Etwas rasch (assez rapide)
6. Sehr langsam (très lent)

Datées de 1911 (un an avant Le Pierrot lunaire), créées en 1912 à Berlin par Louis Closson, ces six pièces extrêmement courtes, répondent par leur forme dépouillée et leur caractère intimiste, au travail de Schönberg sur la « petite forme ». (On rappellera ici les oeuvres de Webern (opus 5…, 11) qui correspondent à une recherche similaire). En 1909, le compositeur écrit à F. Busoni : « ma musique doit être courte. Maigre ! En deux notes, non pas bâtie, mais « exprimée ». Et le résultat est, je l’espère, sans sentimentalité stylisée et interminablement stérile. C’est ainsi qu’un homme ressent ». Cette miniature intense et subtile dégage lyrisme, drame, poésie, éléments propres à émouvoir, sans pourtant aucun concept de tonalité, ni de mélodie.
Sophie Jouve-Ganvert
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Martin STATFELD : Händel Variations. Transcriptions pour piano solo. Schott : ED23283.

Ne nous y trompons pas, plus que des transcriptions, ce sont des réécritures que le compositeur nous propose ici : il ne s’agit pas de variations de Haendel mais de variations sur des thèmes de Haendel. Haendel lui sert de support pour réexprimer dans son propre langage la « substantifique moëlle » des oeuvres transcrites. Quand nous disons « son langage », nous voulons dire un langage qui se situe entre Bach, Beethoven et bien entendu Händel. L’auteur s’en explique dans une longue préface où il précise et justifie ses choix. Il s’agit donc d’une réécriture à la fois fidèle à un certain esprit et en même temps originale. Le tout n’est évidemment pas facile : il s’agit en fait de pièces de concert.
Daniel Blackstone
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Servane MORDACQ : Hilltop pour piano. Élémentaire. Lafitan : P.L.3417.

Voici une agréable colline que les élèves se feront certainement un plaisir de gravir. Larges arpèges et octaves risquent de leur rendre l’ascension moins aisée, surtout pour les petites mains. Mais cela fait partie du jeu. Lorsque la main gauche n’est pas arpégée, elle se déploie en pompes qui soutiennent toujours la mélodie. Celle-ci, un peu répétitive (mais ce n’est pas un reproche !) se déploie largement. Le tout sonne comme une rapsodie un peu mélancolique qui ne manque pas de charme.
Daniel Blackstone
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Arletta ELSAYARY : Petite blague pour piano. 1er cycle. Lafitan : P.L.3428.

Comment ne pas être séduit par cette adorable « petite blague » ! Une introduction de huit mesures où la main droite déroule une mélodie à deux temps tandis que la main gauche semble affirmer un trois temps décalé, ouvre l’oeuvre. Puis les deux mains se lancent dans un joyeux discours où quelques altérations bien placées viennent mettre leur grain de sel. Surprises harmoniques et rythmiques s’enchainent, donnant un caractère « début de siècle » (le XX°, évidemment) tout à fait plaisant et dégingandé. On ne s’ennuie pas pendant la minute que dure cette courte pièce. Gageons qu’elle sera souvent bissée pour le plus grand plaisir de l’interprète et de ses auditeurs.
Daniel Blackstone
© L'ÉDUCATION MUSICALE 2020

BEST OF BEETHOVEN : 30 Famous Pieces for Piano. Éditées par Hans-Günter Heumann. Schott : ED 23201

Ce recueil présente un nouveau choix de vingt pièces doigtées (pièces faciles à moyennement faciles) pour piano, ainsi que dix arrangements de petits extraits de symphonies (dont la cinquième, la neuvième avec l’Hymne à la joie…) ou de concertos (pour violon, pour piano). La célèbre Lettre à Elise côtoie le deuxième mouvement de la Pathétique et la Sonate au Clair de lune …
Si les extraits et les arrangements peuvent permettre de découvrir des œuvres, il est bien sûr indispensable d’écouter les versions originales dans leur intégralité.
Sophie Jouve-Ganvert
© L'ÉDUCATION MUSICALE 2020

Nikolaï KAPUSTIN : 10 Inventions pour piano op. 73. Schott : ED 23156.

Né en 1937, ce pianiste compositeur mélange dans ses compositions un langage harmonique et rythmique résolument jazz avec des structures classiques. Chacune de ces dix inventions, écrites en 1993, offre un paysage sonore particulier. Il n’y a aucun risque de monotonie dans ces œuvres foisonnantes et originales. Évidemment, le niveau technique est élevé : il s’agit d’œuvres de concert. Mais l’ensemble est d’une grande richesse : c’est de la bien belle musique ! L’édition comporte en troisième de couverture une intéressante notice sur le compositeur et son œuvre.
Daniel Blackstone
© L'ÉDUCATION MUSICALE 2020

Wilhelm OHMEN : Mon premier Tchaïkovsky. Pièces très faciles pour piano de P.I. Tchaïkovsky. Schott : ED 23049.

C’est une excellente idée que de rassembler dans un seul recueil vingt-neuf pièces de cet auteur qui permettront aux jeunes pianistes de s’initier ainsi au langage de Tchaïkovsky. Il ne s’agit en aucun cas d’adaptations ou d’arrangements. C’est le texte original de l’auteur qui nous est ainsi proposé. Et lorsque, comme pour les extraits de Casse-Noisette, il s’agit de réduction au piano, elles ont été réalisées par Tchaïkovsky lui-même. On ne peut donc que recommander vivement ce recueil. On regrettera simplement que l’excellente introduction, contrairement à l’habitude des éditions Schott, ne figure qu’en allemand et en anglais… Elle mériterait de figurer également en français, mais, comme le dit un film célèbre, nobody’s perfect…
Daniel Blackstone
© L'ÉDUCATION MUSICALE 2020