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Catégorie : Livres

Jean-Louis RÉBUT : Atout-chœur. Un demi-siècle de direction chorale. Entretiens avec Jacqueline Heinen, Paris, L'HARMATTAN, Collection : Graveurs de Mémoire, Série : Entretiens/Arts et Vie culturelle, 2015, 105 p. 12, 50 €.

Le genre littéraire des « entretiens » exige beaucoup d'esprit critique et de discernement ; il s'agit de faire un choix dans les renseignements et de, parfois, susciter des questions complémentaires. Le titre : « Atout-chœur »  est déjà, en lui-même, très révélateur ; c'est le mérite de Jean-Louis Rébut (né à Paris, le 2 juillet 1937) — philosophe, organiste formé par Pierre Cochereau, si bien préparé au chant grégorien par Dom Gajard (Solesmes) et au métier de chef de chœur par César Geoffray et Michel Corboz, fondateur de 22 ensembles vocaux et instrumentaux, également conférencier et poète — d'évoquer avec la sociologue Jacqueline Heinen un demi-siècle de direction chorale.

Ses entretiens avec celui qui a pu affirmer : « Je suis un chef de chœur professionnel qui dirige également des orchestres » sont rédigés d'une plume alerte, étayés d'illustrations authentiques : concerts, critiques, photos, pages de titre, lettres… et complétés par une biographie et une discographie. Dès sa première rencontre en 2010, Jacqueline Heinen a constaté que « chanter avec Jean-Louis Rébut, c'est avoir en face de soi un chef exigeant vis-à-vis de ses choristes, mais surtout exigeant vis-à-vis de lui-même et qui s'efforce de répondre aux injonctions formulées à son propre endroit sur le mode de l'infinitif : entrer en harmonie, créer un cocon d'énergie, tisser des liens entre les choristes, être fidèle à soi-même, ne pas craindre la critique » (p. 9).

Les lecteurs apprendront comment Jean-Louis Rébut est venu à la musique, depuis ses activités de choriste jusqu'à celles de chef et directeur de chœur ; comment il a si bien réussi à transmettre le « plaisir physique de chanter » ; comment il a été formé en tant que chanteur et compositeur ; comment il a été séduit par les « polychoralies ». Pour lui, la musique est « la maîtresse la plus exigeante qu'on puisse imaginer ». Il a inséré la musique contemporaine dans ses programmes, notamment avec des chorales d'enfants comme Les Pueri, la Maîtrise du Conservatoire populaire de Genève, lorsqu'il y résidait. Installé à Cluny, il a fondé la Capella Cluniacensis et lancé des masterclasses de plain-chant grégorien. Il a régulièrement organisé à l'étranger des concerts qui furent pour lui une expérience « très gratifiante ». S'il n'a pas eu d'élèves chefs de chœur, il a aidé de nombreux amis à monter des chorales, à sélectionner un répertoire, et leur a prodigué de nombreux conseils. Il met l'accent sur la transmission et rappelle qu'« il faut avoir de l'enthousiasme, une capacité d'enthousiasmer les autres », qu'« Il ne faut pas diriger pour soi. Il faut animer le chœur ». En 1992, il s'est rallié à l'Église assyrienne, car il fallait qu'il se marie selon le rite orthodoxe. Il a beaucoup appris des Orthodoxes comme des Protestants. Sa conclusion est lourde de sens : « Parmi les centaines de chemins croisés, harmonisés, en partage et en amitié, je voudrais adresser mon salut à chacun d'entre vous : De tout cœur… à Atout – Chœur ! »