Michèle BUS-CAPORALI : Les Orgues de la République. Sampzon, Éditions DELATOUR FRANCE (www.editions-delatour.com ), BDT00964, 2017, 284 p. - 16 €.

Il ne s’agit pas d’un ouvrage d’organologie ou d’un état des orgues, mais d’un roman reposant sur des sources historiques solides : Archives de l’Hôtel de Ville de Saint-Maximin et articles concernant cette ville, sa Basilique et son Orgue monumental qu’« un stratagème de Lucien Bonaparte a sauvé de la folie destructrice propagée en l’An II ». Ce livre est préfacé par Louis Napoléon Bonaparte-Wyse. L’auteur — pianiste, chanteuse, chef de choeur et professeur —projette un éclairage neuf et à bâtons rompus sur Lucien Bonaparte (1775-1840), principal protagoniste, le situe dans son contexte familial et aussi dans l’entourage du Cardinal Fesch, du Pape Pie VII, des frères Robespierre qui avaient interdit les cultes. Bien qu’acquis aux idées de la Révolution, il est — selon le préfacier — « déjà un partisan de la paix civile », un « protecteur du patrimoine et des arts » restant « attaché aux valeurs traditionnelles… telle que la religion, la fidélité à ses principes et son idéal républicain » (p. 11).



Michèle Bus-Caporali fait part aux lecteurs d’impressions ressenties lors de son périple en Provence et à Saint Maximin en particulier, tout en mettant en parallèle les descriptions et réactions de Lucien Bonaparte évoluant dans l’atmosphère régnant de 1793 à 1795. Ce véritable plongeon dans le temps est écrit d’une plume alerte, avec des expressions très recherchées. L’auteur fait « parler » son protagoniste, tout en y associant, au fil des pages, ses réactions personnelles et des faits d’actualité tels que des événements récents agrémentant ses flâneries artistiques : concert à l’orgue prestigieux — dont l’heureux titulaire est Pierre Bardon — ou interprétation du Requiem de Giuseppe Verdi (100 choristes). Le roman concerne les itinéraires de Lucien Bonaparte (occasionnellement de « Petit Jean ») et de l’auteur, l’orgue de Saint-Maximin avec l’organiste Fourcade, puis — quelques deux siècles plus tard — de Pierre Bardon, le tout ayant servi de prétexte à un contrepoint à deux personnes. Il consigne en fait un moment historique (Révolution- Directoire) et un va-et-vient entre passé et présent. Cette flânerie artistique en Provence (aussi à Marseille, à la découverte de Notre-Dame de la Garde, avec promenade en mer, vendanges…) suscite des émotions semblables et des témoignages d’empathie.

Cette contribution à l’histoire de la Basilique débaptisée sous la Révolution, de lecture agréable, fait toutefois constamment balloter le lecteur entre histoire à Saint-Maximin et vécu de l’historienne du passé et romancière du présent : bref une rencontre totale entre « auteur-artiste-auditeur ». À finalité moralisante, tricotant et détricotant les faits, ce roman vise à faire « oublier les querelles [et] chanter d’un même souffle ».