Imprimer
Catégorie : Livres

Richard WAGNER. L'Anneau du Nibelung. Traduction d'Henri Christophe. 1 Vol Symétrie, 2015, 403 p. 13,80€.

 

 

Les opéras de Richard Wagner ont longtemps été donnés en France dans leur version française s'appuyant sur des traductions souvent fantaisistes justifiant ce jugement de Romain Rolland : « Elles ne sont ni françaises, ni même intelligibles dans aucune langue ». Jugement sévère s'il en est, pourtant non exempt de vérité, à l'origine de nombreux malentendus concernant la personnalité et l'œuvre du maître de Bayreuth.  La première exécution intégrale de la Tétralogie en France aura lieu à l'Opéra de Lyon en Juin 1911 dans une traduction qui « sonne allemand » et néanmoins très discutée d'Alfred Ernst,

qualifiée de charabia par Saint- Saëns. Quelques années plus tard Jacques d'Offoël, en 1905, réalise sa propre traduction en dehors de toute perspective scénique. médée et Frida Boutarel proposent également leur version, en 1914, où semblent prévaloir simplicité du discours et respect de l'intégrité musicale. Ainsi se pose de façon particulièrement claire la question de la légitimité de la traduction, et par là même, la question du public à qui elle s'adresse, ainsi que celle du support auquel elle est destinée. Henri Christophe, à travers cette traduction, se propose de retrouver l'écriture obsessionnelle, pulsionnelle qui fait fi du mètre, des vers et des rimes pour retrouver la prosodie sauvage, chaotique et anarchique originelle du texte wagnérien, hérité de la Edda scandinave. Cette traduction, datant de 1991, a été réalisée à l'occasion de la diffusion par la télévision franco-allemande (Arte) de la fameuse Tétralogie donnée à Bayreuth en 1976 (Boulez/Chéreau) à l'occasion du centenaire du festival. Il s'agit donc d'une version élaborée pour la lecture et non pour le chant, pour l'écran de télévision et non pour la lecture livresque, pour l'image télévisuelle et non pour le surtitrage théâtral, au mieux pour un public bilingue capable de « reconnaitre l'original qu'il entend à partir de la traduction simultanée qu'il lit( !) ». Tout cela répondant, par ailleurs, à un nécessaire impératif de concision où le discours est riche de tout le jeu de scène, rendant inutile toute didascalies. D'un point de vue formel, le langage wagnérien utilise le vers iambique, non utilisé en métrique française, préférant toutefois à la rime peu nombreuse, l'emploi abondant d'assonances et d'allitérations pour une prosodie très rythmée et d'emblée mélodieuse, dans un discours souvent elliptique mêlant prolepses et analepses. Une traduction qui répond à ces impératifs et qui, au-delà du mot, cherche à retrouver le rythme et les émotions du poème wagnérien d'origine, et ce n'est pas là le moindre de ses mérites.