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Catégorie : Livres

Jean-Luc Caron, Carl Nielsen, Paris, 1 vol Bleu Nuit Éditions, 2015,178 p, 20€

 

 

À Jean-Luc Caron, spécialiste sans rival en France de la musique scandinave, nous devions déjà de nombreuses études sur Grieg, Sibelius ou Nielsen, le plus souvent sous forme d'articles destinés à l'excellente revue du Net, ResMusica. Dans ce dernier ouvrage, reprenant, peaufinant et complétant ses acquis, il nous offre la monographie, depuis si longtemps méritée, du grand compositeur danois Carl Nielsen (1865-1931).

Singulier destin que celui de cet enfant qui, né dans un milieu modeste où la carrière musicale n'était pas de mise, sut pourtant se hisser, par l'exercice d'une volonté sans faille et grâce à des dons hors pair, au statut de grand musicien. C'est au sein du vaste courant nationaliste de la fin du XIXe siècle, à la suite donc des glorieux exemples de l'Italien Verdi, de l'Allemand Wagner, du Russe Tchaïkovski, et parallèlement à ceux du Norvégien Grieg ou du Finlandais Sibelius, que s'inscrit le destin artistique du chantre danois. Indépendamment de la sûreté de la documentation et de la qualité de l'analyse, le livre de Jean-Luc Caron vaut par le souffle vigoureusement romanesque que l'auteur confère à sa chronique. La chronique d'un garçonnet aux dons surprenants mais tardivement exploités, aux capacités musicales évidentes mais lentes à s'approfondir, à l'enfance pauvre mais non dénuée de lumineux moments de bonheur. Peut-être, pour promener le miroir du romancier au long de cette destinée, fallait-il un auteur, musicologue et médecin, qui, en d'autres temps, sur d'autres terres, avait approfondi une pénétrante réflexion sur la vie, la mort, la si difficile accession au bonheur… (Mort et bonheur, Paris, 1981). C'est ainsi que, sous la plume de Jean-Luc Caron, le petit aspirant à la musique militaire parcourt ce stupéfiant cycle de métamorphoses qui, de la ferme familiale au Conservatoire de Copenhague, de la salle de concert du parc Tivoli aux plus prestigieux auditoriums du monde, finit par lui assurer une gloire internationale à laquelle rien n'avait pourtant semblé l'appeler. Danois tendant à l'universel, classique épris de modernité, humaniste sans illusions, Car Nielsen est surtout célèbre pour ses concertos et ses symphonies ; on en trouvera, dans ce livre, une convaincante présentation, à mi-chemin entre analyse intuitive et commentaire savant. Mais dans son pays, c'est surtout par sa saisissante production vocale (dont l'opéra Maskarade) que Nielsen reste ancré dans toutes les mémoires. De cette singulière dichotomie, l'auteur rend compte au prix d'un balancement dialectique dont on ne saurait trop louer la pertinence et l'efficience. Fidèle à l'esprit de la collection Horizons, cet ouvrage propose enfin le catalogue du compositeur, un tableau synoptique le situant en son siècle, appareil documentaire complété par une orientation bibliographique et une sélection discographique incitant à la découverte sonore d'une contribution majeure à l'histoire musicale du monde.