Karol BEFFA : Parler,Composer, Jouer. Sept leçons sur la musique. 1 vol, Éditions du Seuil, 230 pages, 21€

Karol Beffa est un compositeur, pianiste, musicologue élu « meilleur compositeur » aux Victoires de la musique (2013) et Grand Prix Lycéen des Compositeurs (2016). Il est un acteur de la scène musicale d’aujourd’hui. Personnalité hors norme, il a dispensé des cours dans le cadre de la chaire annuelle de création artistique au Collège de France en 2012-2013. l’intitulé était « Musique : art, technique, savoir ». Les sept leçons, qui forment les chapitres de ce livre, ont pour intitulé : « Comment parler musique ? », « Qu’est-ce que l’improvisation ? », « Clocks and Clouds ? », « Musique et Imposture », « Comment accompagner un film muet ? », « Bruit et musique », « Y-a-til un postmodernisme musical ? ».



Chaque chapitre / leçon est passionnant à lire et Beffa pose des questions essentielles sur la musique que tout un chacun peut se poser. Le premier chapitre « Comment parler de musique » ne peut que nous interpeller, nous qui passons notre temps à en parler, à faire des papiers sur elle. Un chapitre que tout amateur de musique, critique, devrait lire ! Beffa ne donne pas de réponse, mais ouvre le débat avec plusieurs pistes à étudier face à cette aporie. « Qu’est ce que l’improvisation ? » comme « Comment accompagner un film muet ? posent le problème de la création musicale. Lorsque l’on a vu Karol Beffa jouer du piano pendant six heures devant les images des « Misérables » d’Henri Fescourt (1925), la question ne se pose plus. Il faut une imagination sans borne, une structure mentale spéciale et des techniques idoines pour agencer des notes. Ensuite le choix du style sera toujours à l’ordre du jour quelle que soit l’époque. Et c’est dans le chapitre « Y-a-t-il un postmodernisme musical ? » qu’il l’aborde. On se souvient du scandale qu’il a provoqué en invitant Jérôme Ducros pour faire une conférence sur la musique contemporaine, sur l’atonalité face à la tonalité, et ce fascisme musical de certaines chapelles qui existe encore en France. La nouvelle vague en musique, comme celle du cinéma, a bien mal vieilli et tourne en rond enfermée dans ses principes. Ducros prônait pour l’ouverture. On voit mal Bach se définir comme un compositeur baroque, Schubert comme un compositeur romantique et Mahler post romantique. Ils sont tout simplement compositeurs de musique, m’avait dit dans une interview Luciano Berio qui se considérait comme un compositeur de son temps. Basta ! On connaît l’admiration que porte Beffa pour Ligeti (sujet de sa thèse). Ce très grand compositeur est le centre des chapitres « Clocks and Clouds » et « Musique et imposture », deux chapitres en miroir où l’humour n’est pas absent. Ils sont amusants et innovants pour parler de la musique différemment. Ligeti est encore présent dans le chapitre « Bruit et musique » et Beffa cite de nombreux auteurs, compositeurs, qui se sont intéressés aux sons (Michel Chion en particulier). Après tout la musique et le bruit ne sont pas nécessairement antagonistes. Texte dense qui fourmille d’exemples, reste que ce livre paraît essentiel. Il est écrit d’une manière claire comme sait le faire ce philosophe, ce normalien. C’est un livre où de nombreux ouvrages sont cités, ce qui donne envie de les consulter. Voilà un livre qui à sa lecture nous rend encore plus intelligent ! Merci Karol Beffa.

Le site www.parlercomposerjouer.com offre des exemples musicaux qui illustrent les propos tenus dans le livre.