Beat FÖLLMI, Jacques VIRET (dir.) Paris, Éditions HERMANN (www.editions-hermann.fr), Coll. du GREAM, 2016, 342 p.

Ce volume de la Collection du Groupe de Recherches Expérimentales sur l’Acte Musical (Université de Strasbourg) est placé sous le signe de nombreuses et incontestables dualités. Il est publié par les Professeurs Beat Föllmi et Jacques Viret et reproduit 14 communications de spécialistes. Il projette un regard neuf sur le passé et la tradition : chant grégorien multiséculaire et Réforme ayant préconisé le chant en langue vernaculaire ; sur le présent avec les répercussions du Concile Œcuménique de l’Église catholique (Vatican II, 1962-1965). À partir de textes concernant la constitution de la liturgie : Musicae sacrae disciplina du Pape Pie XII (1955) et Sacrosanctum Concilium (1963) souhaitant un chant liturgique au service de l’action liturgique avec un renouvellement du cantique en langue française.



Ce renouvellement est à l’origine de plusieurs dualités : dualité confessionnelle des auteurs et compositeurs catholiques et protestants ; prêtres et pasteurs ; messe et culte ; dualité des chefs et « animateurs liturgiques » ; dualité de deux camps : celui des « Anciens » et des « grégorianistes » respectueux de la tradition et des sources, représenté par Marcel Pérès, Damien Poisblaud, le frère François Cassingena, Jacques Viret  et celui des « Modernes » dans le sillage de Vatican II, autour de Jo Akepsimas, Michel Wackenheim et quelques musicologues protestants : le professeur Beat Föllmi et le pasteur Fichter, entre autres. L’ensemble des discussions ressort d’une démarche d’opposition et de comparaison, mais il est aussi marqué par l’influence des cantiques et Psaumes protestants en langue vernaculaire sur le chant catholique modal et, inversement, par l’influence du chant grégorien (psalmodie) sur les compositions protestantes actuelles.

La démarche associée à toutes ces dualités concerne la liturgie et l’hymnologie ; l’herméneutique et l’anthropologie religieuse ; l’histoire et la pratique par les chefs et animateurs liturgiques, par les fidèles et le chœur. D’une manière générale, les emprunts sont réciproques. Malgré les vues réalistes et un indispensable esprit critique, ce livre procède à une large ouverture œcuménique et transdisciplinaire. Grâce à l’apport de spécialistes de haut niveau théologique et liturgique, historique et musicologique, étayée par une impressionnante Bibliographie (en plusieurs langues), cette publication aura le mérite de faire réfléchir d’une part sur le devoir de mémoire et le respect de la tradition, d’autre part sur l’actualisation du chant d’Église en fonction des critères du XXIe siècle et des mentalités contemporaines.