Études germaniques, n°4, octobre-décembre 2016 (études réunies par Peter ANDERSEN et Barbara LAFOND-KETTLITZ), Paris, Klincksieck, 2017, p. 417-714.

Aux XVIe puis XVIIe siècles, le théâtre scolaire – dans la double perspective de l’Humanisme préconisant le « retour à l’Antiquité gréco-latine » et de la Réforme — occupe une large place dans la vie culturelle et sociale à Strasbourg. Il est encouragé par les réformateurs Martin Bucer, Jean Calvin (alors réfugié) et le Recteur Jean Sturm. Caspar Brülow (1585-1627), parmi d’autres auteurs, a joué un rôle considérable dans l’évolution du genre.



À l’instar de la tragédie grecque, les 5 actes se terminent par un chœur chanté (chorus canens), éventuellement parlé (chorus loquens), en latin classico-humaniste (néo-latin), nécessitant la collaboration entre poète et musicien ainsi que les services d’un traducteur des textes en allemand à l’attention des spectateurs. Strasbourg était alors une Ville libre du Saint Empire romain germanique, gagnée à la Réforme (protestante). À la Schola argentinensis (Gymnase, Académie, berceau de l’Université protestante), Jean Sturm (1507-1589) favorise l’enseignement du latin, de l’élocution, de la littérature, de la musique et de la théorie musicale : d’où la collaboration « pluridisciplinaire » de Caspar Brülow avec Christoph-Thomas Walliser (1568-1648).

Ce volume comprend 9 contributions (8 en allemand, 1 en français) présentées du 25 au 27 mai 2016 à l’initiative de l’Université de Strasbourg et de la Société des Études germaniques. Il contribue à une meilleure connaissance de Caspar Brülow, de ses divers traducteurs à partir de recherches d’archives, met l’accent sur ses textes pour le mariage de Matthias Bernegger et sur une poésie héroïque portant sur Martin Luther, dans le cadre du Jubilé de la Réforme (1617). Des textes sont présentés sur le plan littéraire, notamment Andromeda (1612) par rapport à la pièce éponyme de Campeggis ; Julius Caesar (1616) ; Moses (1621), marquant « un des sommets du théâtre néo-latin luthérien dans l’Empire avant et au début de la Guerre de Trente Ans » (1618-1648).

Une contribution musicologique (en français) est consacrée à Christoph-Thomas Walliser (1568-1648) — mort à la fin de cette interminable guerre — : « musicien et pédagogue pluridisciplinaire avant la lettre », théoricien, compositeur, musicus ordinarius, praeceptor octavis classis et figural cantor. Outre ses œuvres religieuses (Psaumes, Te Deum, chorals, motets), il a composé les chori musici notamment pour des pièces de Caspar Brülow et d’autres auteurs de comédies, tragicomédies, comédies sacrées. Quelques exemples musicaux illustrent ses procédés compositionnels (double-chœur, écho, style note contre note, homosyllabique, homorythmique).

Ce numéro, très bien agencé, reproduit les portraits de Caspar Brülow et de Christoph-Thomas Walliser (1625) avec l’éloge en vers latins de C. Brülow, ainsi qu’une bibliographie critique et des notices. Il projette une éclairage neuf sur ce prestigieux théâtre protestant strasbourgeois au service de l’École, de l’Église et de la Société (élèves et public) à finalité humaniste et littéraire, éducative et pédagogique grâce aux apports conjugués du Recteur Jean Sturm, du poète Caspar Brülow et du compositeur Christoph- Thomas Walliser.
Édith Weber