Gérard STRELETSKI (Ouvrage coordonné par) : Aspects de la mélodie française.  Actes du Concours international de musique de chambre de Lyon 2006.  Éditions Symétrie, 2008.  296 p. 40 €.

Les contributions délivrées lors des Journées d'étude accompagnant le Concours international de musique de chambre de Lyon 2006, réunies dans cet ouvrage, jettent un regard pénétrant sur l'univers de la mélodie française et ses facettes méconnues. Qu'est-ce qui caractérise la mélodie ? « Richesse d'invention, mesure parfaite dans le langage de la sensibilité, raffinement qui est de la simplicité » disait Charles Koechlin.  À travers l'étude d'œuvres emblématiques, voire d'une même pièce mise en musique par plusieurs musiciens, tel Recueillement de Baudelaire - vu par Debussy, Louis Vierne et plus près de nous, Jean-Yves Malmaison -, la démarche se veut multiforme, historique, esthétique, analytique ou sociologique.  Ainsi en est-il du cycle

Biondina qui montre le goût prononcé de Gounod pour la musique italienne ; des pièces de Charpentier, d'abord empreintes d'un lyrisme profond, puis d'une veine naturaliste puisée chez Verlaine et son « refus d'une poésie intellectuelle », d'une puissante imagination et d'une extrême mobilité de la ligne mélodique ; ou encore de  la rencontre Verlaine-Debussy dans Les Ariettes oubliées, un « art de l'équivoque, de la suggestion » qui révèle « quelques résonances entre deux arts, musique et poésie, où sobriété et suggestions poétiques se font écho » (Denis Le Touzé) ; ou bien de l'étude des mélodies françaises d'Enesco, un « art de la discrétion, de l'allusion, du non-dit » (Anne Penesco) ; ou encore des mélodies du Lyonnais Ennemond Trillat qui rappellent combien la capitale des Gaules a joué ici un rôle important qui ne se limitait pas aux salles de concert. On n'aurait garde d'oublier le chapitre passionnant consacré à « René Chalupt et ses musiciens » (Guy Sacre), exemple d'une carrière entièrement vouée à la poésie. Que de musique sera écrite sur des vers de cet homme protée qui rencontrera Auric, Satie, Milhaud, Roussel.  Parce que sa langue et son savoir-faire tenaient du don le plus délicat, sans parler de son humour et de son art consommé de la chute.