Droit et opéra. Actes du colloque tenu à Paris et à Poitiers, en 2007/2008, sous la direction de Mathieu Touzeil-Divina & de Geneviève Koubi.  Université de Poitiers.  Collection de la Faculté de Droit et des Sciences sociales, LGDJ.  374 p.  33 €.

Ces deux mots n'ont a priori pas vocation à être rapprochés. C'est pourtant le thème d'un colloque tenu à Paris et à Poitiers réunissant juristes, musicologues, musiciens et amateurs d'opéra. Il n'est pas vain de confronter deux mondes que tout sépare pour s'apercevoir que l'opéra est au cœur d'un entrelacs juridique : égal accès à l'opéra, liberté d'expression, propriété intellectuelle des œuvres, droits des interprètes, mécénat, décentralisation, ou plus globalement service public de l'opéra, autant de questions à débattre. Les actes de cette recherche sans précédent – qui se poursuit d'ailleurs - sont réunis en un ouvrage exhaustif qui analyse bien des facettes de la problématique, à la lumière des pièces elles-mêmes. Ne traite-t-on pas de questions

sociales chez Mozart, de problèmes politiques chez Verdi, ou de thèmes plus codés, tels les malheurs d'un être laid dans le Platée de Rameau.  Le droit peut se trouver au centre d'une œuvre : le Ring ou la lutte pour la propriété de l'or, Don Giovanni face à la Loi. On n'hésite pas à y aborder la question de minorités, là où libertés et droits peuvent être mis en balance. Les femmes qui n'ont eu d'abord que le droit d'obéir, de se taire, de se tuer, se voient pouvoir déjouer les lois, notamment dans l'opéra italien.  Même soumis au Prince, comme il l'était à l'origine, l'opéra permet la critique du droit – le mariage, l'adultère – la contestation de la puissance privée – les droits du mari, le statut du père – la critique des institutions, Justice, police, prison. L'opéra n'est-il pas un des moyens possibles pour mesurer comment se gère la liberté ? On trouve aussi dans le livre un amusant « dictionnaire policé du droit de l'opéra au XIXe siècle ». Voilà une indispensable monographie sur le sujet.