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Catégorie : Livres

Dominique FERNANDEZ : La Rose des Tudors.  Actes Sud.  143 p. 16 €.

L’auteur de Porporino ou les Mystères de Naples revient à un sujet qui lui tient à cœur : le phénomène que constitue la voix de contre-ténor.  Ces voies blanches pour lesquelles notre époque éprouve un vrai engouement, des voix masculines en quête de l’androgynie perdue.  Le parcours romanesque va nous mener dans ces fameux collèges britanniques, à Cambridge, où nous assistons aux concerts mythiques du King's ou de St John's.  Séances où tout est mis en place selon un savant cérémonial. Depuis que Alfred Deller a, dans les années 70, redonné à ce chant sublime ses lettres de noblesse, bien des choses ont changé : ces voix nous accompagnent naturellement aujourd’hui, grâce au disque bien sûr, mais surtout à l’opéra.  Dominique

Fernandez trace l’histoire passionnante de ces compositeurs qui ont tant écrit pour ce type de voix, les Tavener, Tye, Tallis, musiciens du siècle des Tudors, Byrd aussi, et d’autres encore méconnus tel Richard Nicholson (1570-1639).  Ce furent ensuite Purcell et plus près de nous Benjamin Britten dont on n’a pas toujours compris l’accent mis dans sa musique sur les voix d’enfants.  Une analyse perspicace nous fait saisir combien le phénomène est perçu différemment en Angleterre et en France. Alors qu’ici on parle de mue, outre-Manche c’est par le mot « break » qu’on le définit.  Pour décrire ce qui, selon Fernandez, est accident, perte, cassure.  Non que le renouveau soit uniquement britannique : la Catalogne, la Belle Florence livrent aussi actuellement leur lot de voix blanches.  À travers cette analyse cursive, nous est dévoilé en des mots justes pourquoi on se sent attiré par ce type de vocalité qui voit s'épanouir des interprètes de choix, les Andreas Scholl et autres Philippe Jaroussky, des voix célestes, aériennes, qui nous envoûtent parce qu’elles sont l'émanation de quelque chose d’exceptionnel, de l’ordre du transcendant.