Claude HERMANN : Henry Purcell« Classica », Actes Sud.  192 p.  17,10 €.

Les ouvrages sur Henry Purcell sont rares.  Raison de plus pour saluer la belle monographie de Claude Hermann, spécialiste de la musique anglaise.  Car on sait peu de choses de l'Orphée britannique de ce côté du Channel. Nombreux sont encore à le considérer comme un « musicien pour spécialistes ».  À travers le parcours cursif de la vie et de la carrière du compositeur, nous est retracé le destin de celui qui, mort à 36 ans, avec 18 ans de période créatrice, sut atteindre les sommets et gagner de son vivant l'admiration de ses pairs et du public.  C'est qu'il a occupé une position très particulière de charnière en des années de transition politique, sociale et musicale.  Musicien de cour, Purcell fut avant tout homme de théâtre. La rencontre avec le

poète John Dryden sera déterminante, qui nous vaudra deux chefs-d'œuvre, Didon et Énée et Le Roi Arthur.  Il aura aussi l'occasion de se frotter à Shakespeare et au Songe d'une nuit d'été, dans sa merveilleuse Fairy Queen.  La confrontation avec les épreuves de la vie (personnelles, mais aussi la Peste de 1665 et le grand incendie de Londres, en septembre 1666, qui y mit fin) marqueront la « rhétorique de la mort et du deuil » qui marque nombre de ses compositions, les Anthems notamment.  Non qu'il n'aimât pas la vie : des chansons plus que gaillardes émaillent sa production. L'auteur nous rappelle aussi « son extrême sens mélodique, son souci constant de la fluidité du discours » comme « la force vitale et la vérité affective inaltérable » qu'il a « su insuffler à sa musique ».