Anton WEBERN : Le chemin vers la nouvelle musique et autres écrits.  Édition de Ph. Albèra & G. Starobinski. Traduction : V. Barras, A. Carruzzo, G. Starobinski, Br. Boccadoro.  Contrechamps (www.contrechamps.ch), Genève.  187 p.  19 €.

Ce livre correspond à l’édition française de deux cycles de conférences données par Webern dans un appartement privé à Vienne en 1932 et 1933 ; ce sont les célèbres « Chemin vers la composition en douze sons » et « Chemin vers la nouvelle musique », suivis d’autres textes écrits par le compositeur tout au long de sa vie, consacrés à Schönberg, à Heinrich Isaac (à qui Webern a consacré sa thèse de musicologie en 1906), et un hommage à Adolf Loos.  En ce qui concerne les « Chemins », le texte initial a été reconstitué par Willi Reich à partir de notes sténographiées d’un auditeur, Rudolf Ploderer.  La priorité accordée à l’intuition par les membres de l’École de Vienne était à la fois sincère et inévitable, car - entre abandon de la tonalité et

formulation des principes dodécaphoniques - la musique se trouvait dans un vide vertigineux.  Webern adopta, pour ses conférences, le titre suggéré par Schönberg ainsi que son plan en forme de généalogie de la modernité.  Ce que le compositeur doit rechercher, c’est une correspondance entre l’idée musicale et la forme saisie par l’auditeur, entre le « je » et le « nous ».  Ce qui fonde la compréhensibilité, c’est la présentation cohérente de l’idée.  La menace planant sur cette nouvelle musique étant évidemment l’isolement et la perte de communication avec le public.  Pour éviter ce piège, Webern fera appel à son maitre Schönberg, mais aussi à Goethe et sa théorie de la plante originelle : d’un unique germe peut naître une œuvre à la fois multiple et unifiée ; cette pensée peut s’appliquer à l’écriture dodécaphonique, la série est le germe omniprésent mais caché à partir duquel se déploient les variations qui donnent vie à la musique.  Pour Schönberg et ses élèves, le dodécaphonisme représentait un idéal de cohérence absolue souhaitée par des générations de compositeurs antérieurs - que cette cohérence soit verticale (contrepoint) ou horizontale (mélodie), le but ultime étant de déployer harmonieusement la pensée musicale dans l’espace.