Muriel JOUBERT et Denis LE TOUZÉ (dir.), Le Souffle en musique. 1Vol Lyon, PUL mélotonia, 2015, 198 pages, 18 €.

 

 

Le souffle ; matériel, immatériel… quelle place pour lui dans la musique ? La forme et l'esthétique le sollicitent, presque tous les grands symboles latents le revendiquent, aucun compositeur n'a songé à faire l'économie d'une réflexion sur sa fonctionnalité… Dans cet ouvrage collectif, plusieurs contributeurs traquent toutes les hypostases de son improbable statut.

Comme toujours en pareil cas, l'inégalité est la règle. On passe ainsi du remarquable (l'étonnante synthèse de Jacques Viret, la troublante analyse debussyste de Le Touzé) au très décevant (le qi, "souffle-énergie" chinois) en passant par des épisodes de plus grand – ou de moindre – intérêt. Dans l'ordre donc : La musique, ou le troisième souffle de Bernard Sève, Le souffle et l'esprit : pour une anthropologie de la voix de Jacques Viret, Le souffle de Sun Yude, « La feuille de saule » de François Picard, L'orgue et le souffle : approches historique, esthétique et symbolique d'Odile Jutten, L'émancipation du souffle dans l'interprétation de la chanson enregistrée de Céline Charot-Canet, Une poésie du souffle dans « L'Apparition de l'ange » de Bertrand Merlier, Présence du souffle dans le Prélude à « l'Après-midi d'un faune » de Denis Le Touzé, La venue du souffle, sur trois sens de ce mot de Michel Chion, Modèles du souffle dans la musique d'aujourd'hui de Makis Solomos. Si les contributions de Jacques Viret et de Denis Le Touzé se signalent si supérieurement ici, c'est à des titres bien différents. Viret postule un panel d'interprétations sur le souffle dont la diversité n'a d'égale que la pertinence, fruit d'une réflexion profonde fondée sur le socle d'une culture immense, dans le même temps que Le Touzé s'attaque au matériau vif de la partition debussyste, faisant une nouvelle fois la démonstration d'une science analytique dont l'apparente infaillibilité est plus encore le fait d'un artiste sensible que d'un strict théoricien.