Muriel JOUBERT, Bertrand MERLIER (dir.) : La traduction des émotions dans les musiques de films. 1 vol Sampzon, DELATOUR FRANCE (www.editions-delatour.com), 2015, 325 p. – 25 €.

 

Placée sous le double signe de la transdisciplinarité et de la complémentarité, cette publication très originale et neuve sur le plan méthodologique est centrée sur les effets de la musique de film, présentés lors des journées d'étude organisées les 18 et 19 décembre 2012 à l'Université de Lyon II.

Le sujet a nécessité la participation de chercheurs venant de nombreuses disciplines : musicologie, cinématographie et histoire ; sociologie, philosophie et phénoménologie ; psychologie, sciences cognitives et neurosciences et, en outre : littérature comparée, esthétique, technique vocale chantée et parlée, sciences de la communication et de la réception spectatorielle. Parmi les intervenants, le Professeur Michel Imberty s'est imposé d'emblée par sa triple approche philosophique, musicologique et psychologique ; ses travaux serviront de références. Cette confrontation a enrichi le champ des investigations autour du mot-clé : l'émotion, un peu au sens de la théorie de l'effet de vie lancée par le Professeur Marc-Mathieu Münch.

 

Ce volume collectif est structuré en deux parties distinctes. La première, plus spéculative, porte sur la définition, le sens ou l'acception à donner aux mots-clés : Musique de films et Émotion. Elle pose le problème des « mécanismes émotionnels dans la fiction », puis débouche logiquement sur la traduction des émotions dans les produits audio-visuels.  La seconde partie se situe au niveau de la démonstration et de l'étude de cas et d'exemples précis. Elle présente l'émotion musicale comme « une valeur ajoutée », gravitant autour de l'expression musicale favorisant l'émotion ; l'émotion intentionnelle, entre attente et inattendu, avec les émotions musicales et la narrativité. Enfin, le chapitre conclusif : De l'oral à l'écrit aborde plus particulièrement « les relations son-image ». Tous ces constats reposent sur des exemples percutants à partir de films et de documents audiovisuels significatifs. Il n'est pas possible, dans ce cadre, d'entrer dans les détails, toutefois l'apport de ces recherches pluridisciplinaires pourrait être brièvement résumé à partir de l'Index  alphabétique) des émotions, en les classant en fonction des occurrences et de l'effet suscité par ces productions audiovisuelles évoquées lors de cette rencontre. Arrivent en tête : peur et amour, puis tension, tristesse, joie, surprise ; enfin : colère, nostalgie, haine, bonheur, dégoût, mélancolie…

Cet apport global et très développé ressort des listes portant sur « le contenu émotionnel de la musique » (p. 285) d'après Michel Imberty et les « oppositions sémantiques » de la magistrale synthèse de Muriel Joubert (p. 289-298). Complété par une imposante Bibliographie thématique, cet ouvrage collectif, avec un apport méthodologique très neuf, propose donc diverses approches d'ordre sémantique, linguistique, analytique et de très utiles « outils de représentation des relations et interactions son et image » dans le cadre de la communication audiovisuelle. Selon la conclusion de Muriel Joubert : « En somme, c'est sans doute à travers les notions d'inter-intentionnalité que s'accomplit ce prodigieux art de la synthèse sensorielle et émotionnelle qu'est le cinéma » (p. 298).