Robert et Clara SCHUMANN : Lettres d'amour, traduit de l'allemand par Marguerite et Jeann Alley. 1 vol Paris, BUCHET-CHASTEL (www.buchet-chastel.fr ), 2015, 280 p. –20 €.

Les documents épistolaires connaissent actuellement un regain de faveur chez les éditeurs. Si, pour les échanges entre Pauline Viardot et Charles Gounod (cf. NL de juillet 2015), les lettres de cette dernière sont pratiquement inexistantes, en revanche les correspondances respectives de Robert et Clara Schumann nous sont bien parvenues. Elles sont très révélatrices de leur temps et complètent les faits marquants consignés dans leur Journal.

Pour en saisir la portée et les significations particulières, quelques dates doivent être rappelées. Robert Schumann a 18 ans lorsqu'il rencontre Clara (qui en a 10 de moins). En 1837, quand il commence à solliciter sa main, il se heurte aux réticences du père, Friedrich Wieck. Finalement, il a recours à un tribunal administratif pour obtenir l'autorisation d'épouser Clara en 1840.

Au fil des pages, le lecteur apprend l'état d'avancement des manuscrits de Robert, ses sources d'inspiration sous la tension ; puis sa détermination : « Bientôt, tu seras à moi », « La plus haute récompense, c'est toi qui me la donneras » ou encore « Je ne t'aime pas parce que tu es une grande artiste, mais parce que tu es bonne ». Elle affirme sa confiance en Robert : « Clara est à toi ». En 1838, ils annoncent qu'ils viennent de renouveler leurs fiançailles (Leipzig, 13 septembre). Il souhaite lui apporter une culture générale (Shakespeare, Goethe, Heine…). Comme le constate Michel Schneider (Préface), leur vocation respective se précisera : lui, compositeur (ne s'est-il pas blessé à la main droite pour contrecarrer sa propre carrière pianistique ?) ; elle, pianiste  a, en contrepartie, renoncé à la composition et deviendra la première femme virtuose dans l'histoire du piano. Leurs lettres permettent de comprendre la situation historique et sociologique prévalant en Allemagne autour de 1830, offrent des détails sur l'éducation luthérienne, la férule du père, mais aussi les voyages et moyens de locomotion (diligence), l'impérative nécessité du gain, le prix des places, les programmes des concerts et l'accueil du public et de la presse. Elles éclairent la psychologie des protagonistes : le père Wieck exigeant et intransigeant ; les réactions de Robert blessé, offensé, exaspéré ; l'attitude de Clara avec sa recherche d'indépendance. Toutefois, ce couple romantique partagera « à part égale » l'amour et la musique malgré leurs états d'âme, tour à tour et au gré des circonstances : mélancolie, résignation, patience, fureur, panique, déception, espoir…, mais chacun est sûr de l'autre, la vulnérabilité de Robert étant compensée par cette « fille forte » qu'est Clara. Leur contact permanent avec la musique les unit : lui compose, elle interprète ses œuvres pianistiques.

Leur correspondance respire la jeunesse et la passion. La teneur de leurs lettres (malheureusement non numérotées) est soit de caractère narratif et descriptif, soit d'ordre psychologique, avec leurs émotions et états d'âme. Elles se présentent sous la forme question/réponse, révèlent une progression dans la signature : Robert Schumann, puis Robert, Rob ou encore R. S. Il l'interpelle ainsi : « mon trésor précieux, lumière et joie de ma vie ». Cette épopée sentimentale de 17 années — jusqu'à l'internement de Robert en 1854 —, gravite autour de deux pôles : composition musicale et interprétation. Dans leur vie idyllique, ils ont en commun goûts artistiques, similitude d'esprit, fidélité et endurance et « une égale ardeur dans la culture de leur art ».