Lisbonne, MPMP (Movimento Patrimonial pela Musica Portuguesa (commande : Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser. ). 128 p. + 12 p. (ill.) – 12, 50 €.

Ce livre émouvant et très bien documenté ne se rattache pas directement à la catégorie universitaire des Mélanges offerts à un professeur après sa retraite et contenant soit une sélection de ses propres articles (largement dispersés dans des Revues spécialisées d’accès difficile), soit des contributions de ses pairs, disciples et amis (Birthday Offering, Festschrift). Il ne s’agit pas, au sens propre, de perpétuer son souvenir et sa mémoire (In memoriam, en mémoire de…) car l’intitulé Ad memoriam est directionnel et implique un futur intentionnel : vers la mémoire ; même au-delà de ce copieux volume, il restera encore beaucoup à découvrir.
Le volume, publié par le Movimento Patrimonial pela Musica Portuguesa (MPMP), est enrichi de nombreuses illustrations noir et blanc (in texte) jalonnant la vie trépidante d’Antoine Sibertin-Blanc depuis 1965 et, en couleurs (hors texte) jusqu’en 2011, le situant dans ses cadres successifs et au cours des années, avec de splendides reproductions d’Orgues ibériques. Il contient aussi la liste de ses participations à de nombreux concerts de chambre, d’orchestre, de chœur, sans oublier ceux de la Fondation Gulbenkian ; la chronologie de ses multiples inaugurations, le relevé de ses compositions, les titres de ses articles, de ses transcriptions et sa discographie, sa participation à des colloques et concours ainsi qu’une bibliographie sommaire.


À l’initiative de Leonor de Lucena Sibertin-Blanc, cette publication portugaise comprend d’abord un apport biographique depuis la naissance d’Antoine Sibertin-Blanc à Paris en 1930, son « coup de foudre » pour l’instrument et sa détermination : « Je serai organiste ». Dès 1945, il entreprend ses études à l’École César Franck (Paris) auprès de maîtres éminents : Édouard Souberbielle, Guy de Lioncourt, René Alix…, puis au CNSM de Paris avec Maurice Duruflé, et y obtient les plus hautes distinctions. Il a été successivement, en 1951-52, organiste de chœur à l’Église Saint-Leu-Saint-Gilles (Paris) ; de 1952 à 1955, organiste de la Maîtrise de l’Église de La Madeleine, puis organiste et maître de chapelle à l’Église St-Merry ; en 1955, titulaire à St-Joseph-Limpertsberg (Luxembourg), poste qu’il a quitté pour s’installer à Lisbonne comme professeur d’orgue au Centre d’Études Grégoriennes depuis 1961. Il est alors nommé titulaire du Grand Orgue de la Cathédrale (Sé) — poste qu’il assumera pendant plus de quarante ans — puis, en 1965, professeur à l’École Supérieure de Musique. Jusqu’à sa mort en 2012, il a déployé de multiples activités d’enseignant, d’organiste liturgique et de concertiste ayant à son actif tant de tournées en France, Belgique, Suisse, Italie, au Portugal, au Brésil… Il a, entre autres, régulièrement collaboré avec l’Orchestre de la Fondation Gulbenkian et aussi dirigé le Chœur de l’Église évangélique allemande de Lisbonne. Il a également inauguré de nombreux Orgues et été membre de commissions et de jurys de concours internationaux. Son rayonnement est considérable en tant que défenseur de la facture d’orgue ibérique, compositeur, improvisateur, transcripteur ; interprète, il a laissé une importante discographie. Il a largement contribué à l’histoire de la culture de son pays d’adoption.
De nombreux témoignages avec traduction portugaise des textes en langue étrangère (par Leonor de Lucena Sibertin-Blanc) et souvenirs émanent de ses collègues, disciples (portugais et étrangers), facteurs d’orgue, amis, admirateurs… Ils sont unanimes à souligner ses qualités humaines hors du commun et sa vocation d’organiste au service de la musique liturgique et des grandes célébrations à la Cathédrale. D’une manière générale, ils dégagent sa personnalité exceptionnelle et chaleureuse, sa délicatesse, sa gentillesse, son enthousiasme contagieux, sa capacité de transmettre sa science, son extraordinaire présence spirituelle. Tous sont conscients du rare privilège d’avoir rencontré et côtoyé le maître considéré comme le constructor de l’école d’orgue portugaise. Par ses qualités humaines et artistiques, il suscitera encore longtemps respect, admiration et émotion : ad multos annos. Antoine Sibertin-Blanc : un exemple à suivre.