Deux chercheurs : un ethnomusicologue spécialiste de la musique de Centre-Afrique et un socio-anthropologue font part de leur vaste expérience pratique (sur le terrain), puis méthodologique et analytique. Ce manuel contient de solides recommandations pour les étudiants et, dans  certains cas, les professionnels, selon trois étapes : préparation, terrain, analyse qui débouchent sur les objectifs de « l'analyseur social ». Ils ouvrent de nouvelles perspectives encore accrues par les progrès techniques d'enregistrement sur le vif et des possibilités ouvertes par l'informatique.

La collaboration entre les deux auteurs remonte à 1971. Ils ne proposent ni « un livre de recettes », ni un « recueil de règles », mais de nombreux résultats d'expériences qui en engendrent d'autres. Après un siècle de collectages (documents sonores, entre autres), au XXIe siècle, le constat de pérennité découlant de la longue durée s'impose, de même que la révision de la notion de tradition au profit des changements sociaux. Les ethnomusicologues sont aux prises avec les sociétés primitives, développées, puis civilisées et doivent tenir compte du lieu, de l'occasion et des circonstances de la pratique musicale, pour en dégager une caractérisation des concepts, par exemple, la catégorie des « musiques qui n'en sont pas », selon Simha Arom : rhombes, cris de chasse, langages tambourinés et sifflés qui servent, en fait, de moyen de communication. En revanche, épopées et chantefables sollicitent à la fois les paroles et le chant ; et, par ailleurs, le narrateur peut s'accompagner d'un instrument et même danser.

 

Le problème de la conservation et de l'exploitation des données fournies par les enquêtes dans une perspective pluridisciplinaire se pose. L'ethnomusicologue doit s'interroger préalablement sur ce qu'on entend par  musique dans une autre culture ; sur le style spécifique à une population donnée ; sur le sens des connotations linguistiques. Une extrême prudence est indispensable en la matière. Finalement, « la seule posture véritablement heuristique est de considérer qu'on ne sait, qu'on ne comprend jamais tout » (cf. p. 79). Il faut donc éviter les généralisations abusives et, au préalable, maîtriser la formulation des questions à poser. La documentation doit être rigoureusement organisée et comprendre des « fichiers-index », avec indications du nom des collecteurs ayant participé aux enregistrements audio-vidéo ; des notes de terrain et des considérations techniques (enregistrements, photos, films, captation du son), objet et lieu de l'enquête, mais aussi connaître l'état des centres de documentation et la référence à des dictionnaires de langues très spécialisés, dont la consultation est indispensable pour interroger les autochtones. Les traductions doivent être scrupuleusement vérifiées. Le matériel fait aussi l'objet de judicieux conseils pratiques, par exemple pour les enregistrements sonores (et en fonction du budget alloué), il faut avoir une réserve de piles ou un accumulateur pour les appareils analogiques ou numériques ; prévoir 2 microphones dynamiques peu sensibles aux températures extrêmes ; pour les photos, utiliser des appareils silencieux munis de filtres contre les rayons ultraviolets et ne pas oublier les transformateurs, accumulateurs de rechange, les hauts-parleurs, trépieds, lampes de poche… Ces remarques de bon sens auraient pu faire l'objet d'un tableau synoptique.

 

Les compétences de l'enquêteur sont indispensables : avoir une « oreille éduquée » ; savoir transcrire la musique avec des signes graphiques ; maîtriser les techniques d'enregistrement ; connaître l'alphabet phonétique international. Des précautions sont évidentes : protéger les appareils et sauvegarder les documents avec un disque dur externe ou en ligne. Sur le plan diplomatique, le chercheur doit être muni d'autorisations du Ministère des Affaires étrangères, de soutiens de personnalités diplomatiques. Par ailleurs, l'ethnomusicologue doit faire preuve de vigilance et collecter tous les éléments au cas où il ne pourrait pas retourner sur le lieu de ses investigations.Un livre, certes petit en format et en nombre de pages, mais si riche en recommandations et informations émanant de l'expérience — avant le départ en mission, puis sur le terrain et ensuite au retour — avec une bibliographie suivant chaque chapitre (et non noyée dans une Bibliographie générale à la fin de l'ouvrage), contenant des références à des auteurs très confirmés tels que Jean During, Jean Molinié, Jean-Jacques Nattiez, Bruno Nettl, parmi d'autres. Il est destiné aux ethnographes, ethnomusicologues et socio-anthropologues. Débutants ou spécialistes : tous trouveront, au fil des pages et à tant de titres divers, de très précieux conseils. Incontournable.