À la fois professeur à la Faculté des Sciences et au Conservatoire, luthiste et compositeur, Serge Donval associe avec bonheur les spéculations théoriques et pratiques, musicales et instrumentales, aux contextes historiques, dont la chronologie est parfois quelque peu malmenée. Il en résulte non pas une Histoire de plus, mais une « histoire pas comme les autres » accompagnée de judicieuses illustrations : exemples musicaux, reproductions d'instruments orientaux anciens, miniatures, pages de titre, schémas, tableaux (notations de la musique, râgas avec leur mode principal, division de l'octave en 53 commas holderiens)… Sa curiosité et son érudition l'amènent à se pencher sur des musiques rarement analysées et d'origines diverses : turque, perse, arabe, indienne, chinoise généralement peu abordées par certains musicologues européens

 : d'où le qualificatif d'« Histoire universelle ». Sa démarche originale représente en fait un coup de projecteur sur des composantes théoriques peu abordées dans des livres traditionnels à finalité historique. Il précise que son « ouvrage cite et récite les faits musicaux depuis de nombreux siècles, les explique, les analyse, les décortique et finit par découvrir de nombreuses incohérences. » (p. 7). Il lance en fait un défi aux manifestations esthétiques chronologiques à travers les siècles et aux formes musicales marquantes. Sous le couvert d'Universalité, les lecteurs seront sensibles à ce coup de patte.

Le livre s'ouvre sur des spéculations à propos des échelles musicales, gammes et accords, de leur formation et évolution. Pour le quart de ton, Serge Donval met en regard « l'héritage européen » ainsi que les maquams d'Orient (plus exactement maquamat au pluriel) et la notion d'Ethos si importante pour les théoriciens et philosophes de l'Antiquité grecque. Le chapitre II aborde, entre autres, les domaines de l'Harmonie et du Contrepoint. Le fil conducteur est tissé de façon historique, chronologique mais discontinue ; il est étayé par des éléments théoriques et des formes. À remarquer toutefois que Guillaume de Machaut (v. 1300-1377), chef de file de l'Ars Nova (XIVe siècle), ne peut pas vraiment être considéré comme un troubadour (p. 67). À noter également que le pluriel d'organum n'est pas organums, mais organa. Le chapitre III : Le Moyen Âge met l'accent sur le chant grégorien, sans oublier le chant byzantin. La chronologie est quelque peu bousculée car à l'époque médiévale succèdent (p. 75), au chapitre IV, la théorie musicale en Mésopotamie et en Perse, puis la théorie grecque antique. Le chapitre V : La Renaissance est présentée avec des titres bien ciblés : « La transition mélodie-harmonie, l'opposition savoir/profane » et quelques allusions à la Réforme et à la Contre-Réforme. Quant au chapitre VI : La période classique, elle est abordée de façon tout à fait « classique » : tonalité, formes, instruments et le problème du tempérament. Le chapitre VII concernant La musique orientale est plus neuf ; il porte sur le luth (en fait, ud) si caractéristique, les principaux auteurs et théoriciens célèbres, tels que Al Kindi (801-873), Al Farabi (872-950) ou encore Safi Ad-Din (1252-1334)… L'auteur évoque « l'Occident arabo-musulman » jusqu'à la musique orientale (Turquie-Iran-Perse) avec ses particularismes ou encore le monde arabe : autant de sujets peu développés dans les Histoires traditionnelles de la musique. Il en sera de même au chapitre VIII pour l'Inde avec les échelles, râgas et les instruments spécifiques et, au chapitre IX, pour la musique chinoise avec, entre autres, une définition, des précisions sur les formes musicales ou encore l'échelle pentatonique, l'heptatonisme, le triton et les instruments. Le chapitre X, La musique contemporaine, allant du Néo-classicisme au XXe siècle, fait un distingo entre ce qui « est européen et ce qui est oriental », sans oublier la musique électroacoustique et son évolution, l'acousmatique, la musique électronique et l'influence des techniques nouvelles : synthétiseur, informatique et ordinateur, ou encore le jazz (p. 204) et le cinéma (p. 208). Sept Annexes apportent un utile complément d'information. En revanche, la Bibliographie, un peu rapide, comporte de légères lacunes et manque de précisions, par exemple pour les prénoms d'auteurs bien connus (Vincent Arlettaz, Annie Bélis, Roland de Candé, Charles Koechlin, François Picard, Daniel Saulnier…) ; pour les rééditions successives ­de la Biographie universelle des musiciens et bibliographie générale de la musique (1834-1835) de François-Joseph Fétis publiée en 1860 et, la plus récente, en 2001 dans la Collection « Bibliothèque des Introuvables ». Par ailleurs, les dates de publication et le nombre de pages ne sont pas systématiquement  indiqués.

Ces imprécisions bibliographiques ou encore grammaticales (maquamat, organa…) sont quelque peu regrettables ; elles n'enlèvent évidemment rien à l'intérêt de ce travail d'un scientifique et d'un acousticien. Son ouvrage s'impose par sa large ouverture sur des aspects peu développés dans les « Histoires » générales de la musique soucieuses de respecter la chronologie. Les lecteurs, notamment européens, seront judicieusement renseignés sur les manifestations musicales dans d'autres civilisations. Il s'agit donc davantage d'une histoire des civilisations vue à travers la musique.