Préfacée par Gérard de Condé, publiée avec le soutien de la Fondation d'entreprise La Poste, cette importante contribution à l'historiographie plonge le lecteur dans le milieu lyrique et mondain français pendant la deuxième moitié du XIXe siècle. Selon Melanie von Goldberg, Docteur en musicologie, chercheur à l'Université d'Oxford, spécialiste de Pauline Viardot (1821-1910) et des pratiques musicales européennes, cette cantatrice exceptionnelle a facilité l'entrée de Charles Gounod (1818-1893) à l'Opéra ; elle tiendra le rôle titre de Sapho, œuvre créée à l'Opéra de Paris en 1851. Elle en avait d'ailleurs suivi les étapes compositionnelles. En 1848, Gounod ayant quitté le Séminaire, ils se retrouvèrent fréquemment, comme il ressort de leur correspondance comprenant essentiellement des lettres de la main du compositeur. Celles de Pauline ne nous sont pas parvenues, à part quatre. Ce duo, quelque peu perturbé par le mariage de Gounod en mai 1852, s'est poursuivi jusqu'à sa mort en 1893.

 

 

Les lettres sont numérotées par le musicien, car elle devait lui en accuser réception. Elles fournissent les détails de la vie quotidenne : arrivée du facteur, inondation à Courtavenel, visite à Georges Sand à Paris, rendez-vous le 26 août 1850 chez Cavaillé-Coll (Lettre 65), promenades « délicieuses », achat de papier de musique, inauguration de l'Orgue de Saint-Cloud (lettre 392), le 13 octobre 1877… ; détails de la vie musicale, artistique et littéraire : soirées à l'Opéra et programmes ; circonstances des représentations (par exemple : Le bourgeois gentilhomme pour le 230e anniversaire de la naissance de Molière) ; les goûts de Charles (Faust lui tient à cœur, p. 337). Des détails très personnels concernant ce duo sont révélés et reflètent l'histoire des mentalités et des sensibilités par rapport aux événements artistiques et intellectuels, comme, par exemple, les réactions de Tourgeniev (p. 129).

Cet échange épistolaire — totalisant de plus de 154 lettres de Charles dispersées dans des fonds en France et à l'étranger — est regroupé en 8 chapitres résultant d'un remarquable travail (collecte, mise en forme, corrections, modernisation de l'orthographe et de la ponctuation). Il ne s'agit donc pas d'une « édition diplomatique ». Ce « Trésor épistolaire » souligne  chronologiquement les différentes étapes de la carrière du compositeur et le rayonnement international de Pauline lors de ses tournées. Les témoins de l'époque sont présents : Georges Sand, Émile Augier, Ivan Tourgueniev, les Dickens, Camille Saint-Saëns, Hector Berlioz ; les amis anglais de Pauline : John Hullah, le critique Henry Chorley…, lors de leur séjour respectif à Londres, dans le contexte de la Guerre franco-prussienne contre Napoléon III. Les recommandations de Gounod ne manquent pas : « si vous chantez demain soir, gardez dans votre poche cette lettre [Paris, lundi 26 août 50], allusion à l'orgue Cavaillé-Coll qui vous souhaite bon Élisir ou bon n'importe ce que vous chanterez ; je suis avec vous. » La méthodologie est exemplaire. Les lettres sont accompagnées de très utiles notes critiques infrapaginales (projet non réalisé : Fleur d'épine ; surnom de Georges Sand : « La Ninounne »…). À noter également le vocabulaire : Père Cailleteau : « un raseur, incapable, critique, dangereux, funeste » et les intentions : « J'ai voulu vous mettre bien au fait de tout ». Ces documents sont associés à des illustrations significatives : portraits datés de Charles et Pauline, exemples musicaux, maquettes de costumes et même un dessin de Gounod représentant Henry Chorley. Une copieuse Bibliographie et un Index très dense (p. 429-437) sont éclairants. Cet imposant recueil de lettres retrace donc, d'une part, l'évolution de la carrière artistique de Pauline Viardot et, d'autre part, la genèse des