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Catégorie : Livres

Cet ouvrage — révélant un vaste répertoire des Concerts parisiens de 1822 à 1848 d'après, entre autres, les Archives du droit des pauvres (p. 155-310) et comprenant des articles de fond étayés de figures, statistiques et affiches — prouve une fois de plus combien les sources de première main peuvent éclairer l'Histoire et, en particulier, restituer la vie musicale et sociale à une époque donnée.

 

L'exploitation minutieuse de nombreux documents (conservés également dans les Bibliothèques municipales d'Amiens, de Lille, au Département Musique de la BN, à la Bibliothèque du Musée de l'Opéra ainsi qu'aux Archives Nationales, Archives de l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris et aux Archives municipales de Reims) permet de mieux comprendre les divers contextes et des événements musicaux même fugitifs concernant les Concerts donnés à Paris. Leur consultation est encore facilitée par l'Index des noms et l'Index des lieux, autour d'un dénominateur commun : le répertoire. La démarche, assez récente dans la recherche en France, consiste à « fournir un outil systématique sur les artistes de concert et leur professionnalisation (à partir des programmes de concerts) sur les lieux de concerts, la circulation des œuvres et des interprètes ainsi que sur les pratiques d'exécution » (p. 11). De nombreux critères peuvent intervenir : lieux et acoustique, réaction immédiate de la presse après les manifestations ; programmes pour les auditeurs, reprise des œuvres (p.12 sq), concerts des Académies de musique françaises. Patrick Taïeb traite un aspect neuf : Le droit des pauvres, dans un contexte d'assistance et de charité dont l'étude est un « moyen efficace pour aborder de manière globale une activité de concerts devenue particulièrement intense au milieu du XIXe siècle ». Avant la prolifération des périodiques, l'importance des affiches, notamment celles des Concerts Spirituels, est capitale pour attirer l'attention des mélomanes et amateurs. Dans ses descriptions et analyses des affiches, Beverly Wilcox rappelle qu'elles représentaient la seule publicité et source d'information à l'époque. Étienne Jardin démontre que le rayonnement artistique des concerts parisiens (1882-1848) est encore renforcé par l'évolution de l'édition musicale parisienne et de la facture instrumentale, ainsi que la création du Conservatoire. Les lecteurs curieux seront renseignés sur de nombreux points tels que la gestion des musiciens, les frais et effectifs ; les divers salons et salles ; l'élargissement du répertoire et les changements intervenus dans le goût ; les enjeux politiques, la notion de subvention pour « entretenir le principe d'égalité », le choix d'ouvrages « flattant les valeurs de la République » ou encore les « Concerts à bénéfice » (au profit des victimes d'un sinistre).

Tout à l'honneur du Palazzetto Bru Zane Centre de musique romantique française collaborant avec Actes Sud, ce bel ouvrage de conception assez neuve, par le truchement des concerts, revalorise l'apport de documents inédits, de sources de première main exploitées avec rigueur par des musicologues. Il contribue ainsi à l'indispensable renouveau historiographique associé à l'histoire événementielle, au goût esthétique et à la sociologie des publics.