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Catégorie : Livres

Histoire et évolution. Sampzon, DELATOUR FRANCE (www.editions-delatour.com). 2016, BDT0038, 313 p. -29 €

L’auteur, en historien averti et en instrumentiste expérimenté, présente — sous l’angle historique et évolutif — le tambour dans tous ses états et par rapport au répertoire et au patrimoine français, car la « caisse française » s’inscrit dans un contexte traditionnel et populaire. Appartenant à la Musique de la Police Nationale, Jean-Michel Froidure a tout d’abord procédé à de minutieuses recherches d’archives, notamment au Minutier Central, à la Bibliothèque Nationale et dans les Bibliothèques des Musées de l’Armée, au Musée des Arts et Traditions populaires et au Musée de l’Homme, à Paris. Il a consulté des Collections privées et visité de nombreuses Expositions. Il s’est aussi inspiré d’anciennes chansons populaires concernant le tambour, ce qui lui a permis d’élaborer une « carte chronologique » de première main, associant à la fois recherche et pratique, l’une n’allant pas sans l’autre, et c’est l’un des mérites de sa vaste étude d’ensemble. L’auteur ne vise ni un livre technique, ni « une méthode d’enseignement à sa pratique », mais propose « plutôt les rudiments nécessaires à son étude générale ayant comme objectif une lecture courte et non rébarbative » (Introduction, p. 3).


Ce livre est structuré en sept brefs chapitres, dont les titres sont ciblés et différenciés dans leur approche. Grâce à la technique du Carbone 14, les lecteurs curieux seront intéressés premièrement par des considérations sur les origines du tambour d’Europe orientale (Rhin, Danube), déjà à l’Âge du Bronze, à côté des civilisations de l’Égypte et du Proche-Orient (p. 45). Deuxièmement, par sa provenance, le tambour d’Europe de l’Ouest étant associé aux Croisades et aux Invasions. Troisièmement, par la terminologie et l’étymologie à propos des pièces constitutives, de l’origine jusqu’au Siècle de Louis XIV, avec ses particularités acoustiques et rythmiques, le tout étant résumé dans une remarquable Chronologie (cf. p. 66-71). Quatrièmement, par son appartenance à l’art populaire et à l’art traditionnel (personnages, représentations, musiciens célèbres), au XVIIe siècle, mais aussi par son rôle lors de la Révolution française, par le répertoire de chansons relatives à cet instrument. Cinquièmement, par les théoriciens : Thoinot Arbeau (Orchésographie), Pierre Trichet, le Père Marin Mersenne, les Danican), par les musiciens (J.-B. Lully…, H. Berlioz). Sixièmement, par le tambour d’ordonnance dans l’Armée, révélé dans de nombreux documents iconographiques : peintures, dessins, lithographies concernant les Régiments, Revues, récompenses et matériels du tambour, sans oublier les marches, batteries, sonneries, la fonction du Tambour-Major, les uniformes et, même, les rétributions. Septièmement, par l’aspect pratique : port de la caisse, assemblage et démontage des pièces, et aussi par l’aspect didactique : problèmes de transcription, d’écriture, à l’appui de documents (manuscrits anciens et nombreuses illustrations de marches) et, surtout, par les précisions sur les coups (simples, doubles…) indiqués par des onomatopées, codifiées notamment par Jean-Georges Kastner (1848) pour la Garde Impériale, Pierre Melchior (1831) pour l’Infanterie, puis Charles Gourdin (1904) et par la transcription de deux Marches (p. 280) et de nombreux exemples d’écriture de pièces anciennes pour tambour (p. 281 sq.). Une Bibliographie (non exhaustive) mais pourtant imposante (p. 284 sq.) et une Discographie (p. 297-301) sont particulièrement instructives.
Les lecteurs trouveront des renseignements sur les estampilles d’anciens facteurs et de revendeurs, les enfants de troupe et même les femmes tambours, sur la valeur actuelle d’une caisse ancienne ou encore sur les facteurs actuels de caisses. Il s’agit donc d’une somme portant sur la très longue durée, soulignant, outre les origines lointaines, par exemple l’histoire du tambour sous Louis XIV, sous le Premier Empire, lors des batailles et son rôle dans l’Armée française. Conformément au témoignage de David Lefebvre — compositeur, tambour, percussionniste à la Musique de la Police Nationale — : « Le tambour français, portrait d’un instrument de musique traditionnel et populaire, plaira aux initiés comme aux profanes ». Jean-Michel Froidure a signé un ouvrage de lecture agréable, admirablement illustré, reposant sur des sources historiques authentiques et sur son expérience vécue, tout « à la gloire des tambours ».