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Catégorie : Livres

Les dédales de l’expérience créatrice. Paris, L’HARMATTAN (www.editions-harmattan.fr), Coll. « Musiques en question(s) », 2016, 120 p. - 14 €.

Le point de départ n’est pas sans rappeler la démarche de François Rosé (et alia) dans l’ouvrage : Questions de tempéraments (cf. LI n°110, mars 2016) consistant à réunir des interprètes « en résidence » (au théâtre Molière à Bordeaux) pour réaliser une composition musicale. Pour sa part, Anthony Girard a groupé 7 étudiants à l’Île de Crête pendant une semaine « en quête de silence et de lumière » ; cette démarche aboutira à des réflexions fondamentales : Dieu, mythes grecs, Thésée, Icare, Minotaure, Ariane, la poésie, la musique… émanant d’acteurs qui « ne sont certains ni de leur devenir, ni de leur réalité ». Quant à l’auteur, professeur au CNSM de Paris, dans son récit initiatique, il évoque, en fait, son parcours personnel, sa vie et ses idées sur la composition musicale. Il manie avec une grande aisance la technique du récit, les constats psychologiques — y compris intrigues, états d’âme… —, le dénominateur commun étant l’expérience créatrice pendant des « vacances » favorables à la réflexion en tout genre. Ce bouillonnement d’idées propose des observations (soleil, lumière…) mais aussi le résultat d’introspections de la part des protagonistes et l’évocation de leur univers personnel, de leur vision du monde, ou encore de la vanité du métier.


Cette étude entre mirage et réalité se lit un peu comme un roman centré autour du rêve, de l’évolution intérieure, de l’émotion, de la créativité et, finalement, de l’imaginaire qualifiant la vie sur l’Île de Crête. Les sept compagnons — peintres, poètes, dramaturges, compositeurs, comédienne, dont l’identité n’est révélée que le 6e jour — seront réduits à deux. Après 7 jours, leur périple s’arrête à Knossos, précisément à l’emplacement de l’ancien Palais de Minos : d’où le titre. En compositeur et philosophe averti, Anthony Girard lance de solides considérations sur la beauté qui « n’est pas un but, c’est un moyen pour aider les autres à vivre » ; sur « le vrai ressort de la création [qui ] est la douleur » (p. 51) ; sur « la détresse [qui] inspire la musique » (Mozart, Chopin, Debussy…). Il rappelle que, « chaque matin, nous devons affronter notre propre renouveau ». Pour le moins insolite et inventif, son livre se rattachant à juste titre à la Collection « Musiques en question(s) » suscitera de nombreuses réflexions.
Édith Weber