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Catégorie : Livres

Mélisande CHAUVEAU : Moi, Maria Callas, Coll. « Raconte-moi », Sampzon, DELATOUR France (www.editions-delatour.com ). BDT 0032. 2016, 207 p. – 16 €.

Avec une pénétration psychologique très poussée et grâce à l’exploitation de documents authentiques (correspondances, interviews, critiques, commémorations, programmes…), Mélisande Chauveau a le don de s’identifier, pour ainsi dire, à ses personnages : compositeurs (allant de Hildegard de Bingen (XIIe siècle) à George Gershwin), danseurs, interprètes (de Pablo Casals à Edith Piaf) ; elle les situe judicieusement dans leurs divers contextes (historique, artistique, sociologique, économique) et dans l’esprit du temps.
Voici une réussite de plus : Maria Callas (alias Maria Kalogeropoulos, née à New York le 2 décembre 1923 et morte à Paris le 16 septembre 1977), se raconte, sous la plume alerte de l’auteur particulièrement sensible aux tribulations et émotions qui ont jalonné la carrière de l’incomparable artiste. L’existence passionnante de cette chanteuse passionnée est présentée par tranches de vie jusqu’au 11 novembre 1974 où sa « voix s’est tue à jamais ». Pas de fiction, mais des évocations suggestives de la réalité parfois assorties de quelques anecdotes authentiques, mais surtout le reflet d’un destin tragique.


Au fil des années, elle deviendra progressivement la prima donna assoluta. Dès 1937, elle est, à Athènes, une « machine à audition ». En 1940, elle se perfectionne en Grèce avec d’éminents professeurs ; l’année d’après, c’est le triomphe avec La Tosca. Ses nombreuses tournées internationales l’amènent, entre autres, en Allemagne, Italie, Argentine, Amérique... Le remplacement de Renata Tebaldi à la Scala de Milan dans le rôle d’Aida en 1950 est marqué par un fiasco, alors qu’avec la même œuvre, elle triomphera à Naples et au Mexique. Elle sera adulée par les uns, haïe par les autres et n’échappera pas aux aléas de la carrière d’une « prima donna de roman » (p. 137), ni à un « tsunami émotionnel » (p. 171).
Son enregistrement de Carmen (label EMI) sous la direction de Georges Prêtre et sa prestation à l’Opéra de Paris marquent l’apogée et le miracle de sa carrière (cf. Partie 16). Elle s’est donc produite sur les plus grandes scènes du monde : Scala de Milan, Festival de Vérone, Metropolitan Opera de New York, Opéra de Paris... Malgré sa santé précaire, elle a connu aussi bien le succès avec standing ovation que les sifflets ; le triomphe que le doute et le désespoir ; la sérénité que la brutalité ; la joie que la frustration. À l’occasion du 30e anniversaire de la disparition de Maria Callas, Mélisande Chauveau offre à ses lecteurs « une relecture passionnante et passionnée de la vie de cette interprète inoubliable ».
Édith Weber