miscellanées à l'initiative du Centre Iannis Xenakis. Les Cahiers de l'École nationale supérieure d'architecture de Normandie, recherche, 2014. Éditions point de vues. Code barre : 9 782371 950009, 196 p. 15€.Publié sous la direction de Pierre-Albert Castanet et de Sharon Kanach, vice-présidente du CIX (Centre Iannis Xenakis), ce deuxième Cahier de l'Ensa (École nationale supérieure d'architecture) de Normandie, consacré à « Xenakis et les arts » est le fruit d'une recherche à plusieurs têtes où les disciplines scientifiques et artistiques se croisent, à l'instar du travail de l'artiste trans-disciplinaire que fut le concepteur des Polytopes.

 

 

 

Ingénieur de formation et pythagoricien dans les gènes, Xenakis a envisagé la musique en relation avec le nombre, dans une conception spatiale et architecturale du temps et du rythme : « Il découle de tout ceci », prévient Xenakis, « que la musique et les arts visuels de demain exigeront des artistes qu'ils soient pluridisciplinaires et initiés aux mathématiques, à l'acoustique, à la physique, à l'informatique, à l'électronique […], lit-on dans le premier des douze chapitres de cette étude passionnante abordant les multiples domaines d'activité, certains peu défrichés encore, (chorégraphique, filmique...) de ce génie protéiforme. Poursuivant comme Varèse - avec qui il collabore en 1958 lors de l'Exposition universelle de Bruxelles - sa quête passionnée d'un autre univers sonore, Xenakis fait surgir ses Polytopes, une synthèse multimédia pour les yeux et les oreilles où interagissent le son, les lumières, l'espace et le mouvement. Daniel Teige concentre son propos sur le Polytope de Persepolis (1971), projet démiurgique pour lequel Xenakis aurait prévu 800 haut-parleurs et des hélicoptères... et dont il ne reste malheureusement aucune trace visuelle. Sous l'angle de la musique vocale cette fois, Nicolas Bardon envisage les deux notions clés de « chaos » et de « complexité » chez un compositeur défendant l'idée que « la pensée n'est pas linéaire ». Mihu Ilescu voit, quant à lui, analogies et correspondances entre la musique de Xenakis et la sculpture de Brancusi et s'attarde sur la valeur accordée à l'archétype, expression des origines, chez des artistes qui ont tous deux ressenti la nécessité de la table rase  : « Nous devons revenir au commencement des choses pour retrouver ce qui est perdu » souligne Brancusi. Dans Nekuia (« une descente chez les morts »), œuvre monumentale pour un chœur mixte de 80 voix et 98 musiciens, Aurélie Allain s'attache à l'expression rituelle, une dimension essentielle de la musique de Xenakis. Il importait à ce dernier, cherchant à relier le son au geste et à l'espace, d'inventer une machine qui fasse interagir ces trois paramètres et libère de l'écriture traditionnelle. Conçu en 1977 au sein du CEMAMU, l'UPIC est cet outil de composition assisté par l'ordinateur qui va lui permettre d'accéder à la création musicale en temps réel, via le dessin et la synthèse sonore. Outre l'activité de studio qu'il suscite (commandes faites à des compositeurs), l'UPIC constitue une nouvelle approche pédagogique de la composition transmise sous forme d'ateliers essaimant en France comme à l'étranger (Cyrille Delhaye et Rodolphe Bourotte). Si James Harley s'intéresse aux liens qui unissent Xenakis et la chorégraphie sonore, Sharon Kanak se penche sur l'œuvre filmique de et autour de Iannis Xenakis et recense, dans l'état de ses recherches, quelques 139 films dûment répertoriés. Enfin Jean-Louis Villeval, linguiste et historien, co-vice-président du CIX, se fixe sur la notion d'utopie, un terme polysémique inventé par l'anglais Thomas More à la Renaissance. Mais c'est avec Ernst Bloch, nous dit l'auteur, que le terme se conceptualise et s'érige en théorie du « non encore être, du non encore manifesté dans le monde, dont l'art est le révélateur ». Ainsi Jean-Louis Villeval distingue-t-il deux sortes d'utopies chez Xenakis, l'utopie formelle, cette recherche hors lieu et hors temps (uchronie) d'une nouvelle formalisation de la musique, et la « pratique utopique », moteur de la création en quête d'inouï, « le présent du désir » nous dit Ivanka Stoïanova : « A l'artiste-concepteur que fut Xenakis, », conclut Villeval, « revient le rôle de praticien de cette utopie ».