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Catégorie : Livres

Alfred Brendel (*1931) a toujours été pédagogue autant que pianiste. Bien qu'ayant mis un terme à sa carrière d'interprète, il poursuit son inlassable croisade pour la promotion du piano. Son humour en coin est tout autant légendaire comme son goût pour l'aphorisme («  la phrase ''il n'y a pas de mauvais pianos, juste de mauvais pianistes'' pourrait avoir été inventée par un diable déguisé en marchand de piano », p. 125). Ce petit opuscule est une mine pour les amoureux de l'instrument comme pour tous les autres d'ailleurs. Avec un mélange de simplicité teintée de cette réserve amusée qui le caractérise et de l'autorité du professeur, il nous indique dès l'avant-propos, le dessein :

« Ce livre distille ce que j'ai à dire, arrivé à un âge avancé, sur la musique, les musiciens et ma profession ». Il l'articule selon les entrées d'un dictionnaire qui en 27 lettres et 87 propositions, passe en revue quelques mots essentiels. Leur choix est bien sûr arbitraire et ne vise pas l'exhaustivité, mais est significatif d'une certaine idée de ce qu'est jouer du piano et interpréter des morceaux de piano. On remarquera que la lettre C comme chef d'orchestre est la plus fréquentée tout juste après la lettre S, comme silence. On pourrait classer ces remarques selon un triple schéma. En premier lieu, les réflexions fondamentales : « une clef importante pour jouer Mozart est le chant d'opéra », p 88 ;  ou encore, à propos de l'item Fin, «  la fin d'une œuvre... peut fermer, mais aussi, dans bien des cas, ouvrir le silence... J'implore donc à genoux que l'on ne sépare pas artificiellement les accords finaux de ce qui les précède », p 61). Puis les indications essentielles : « l'interprète est un rhéteur; il doit donner des normes au public, et non jouer vers lui en abaissant le niveau », p 73 ; et la distinction à opérer entre tempo métronomique, tempo psychologique et tempo d'improvisation. Enfin les traits d'humour. Ces derniers sont nombreux et revigorants. Ainsi à la rubrique Attaque : « On peut avoir un grand jeu, et même un jeu immense, sans enfoncer le son à travers les touches comme avec un couteau » (p 20), ou encore à Humour : « On concède le soupir à la musique, on ne lui accorde pas le rire ». Ou cette autre, à la limite du provocateur : « Les règles sont là pour être remises en question. On ne devrait les respecter que dans le cas où elles résistent à un examen plus détaillé – et même dans ce cas, ne le faire qu'avec des réserves », (p 111).  Et que dire de l'entrée Toux : «  Si vous devez vraiment tousser, faites-le je vous prie lors des passages doux ou pendant les pauses générales. Vous serez assuré de remporter la médaille du ''Tousse-donc-là'' (p  132). Les dessins de Gottfried Wiegand sont aussi ludiques que l'est le contenu de ce livre. Alors n'hésitez pas : il faut se procurer ce bréviaire du parfait pianiste...