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Catégorie : Livres

Colette MOUREY : Essai sur le son mental. De résonner… à raisonner ! (Préface d'Édith Weber), Paris, L'HARMATTAN (www.harmattan.fr ), 2016, 140 p. – 15, 50 €.

Colette Mourey est connue des lecteurs de L'Éducation musicale (cf. Lettre d'information n°101, mars 2016, avec la recension de L'intelligence musicale, livre amorçant déjà le présent essai). À la fois chercheur indépendant en Musicologie et guitariste de haut niveau, elle a été longtemps professeur de didactique et d'esthétique de la musique à l'Université de Franche-Comté (Besançon) et a participé à la formation des futurs professeurs à l'École supérieure du Professorat et de l'Éducation (ÉSPÉ). Compositeur prolifique ; on lui doit plus de 1000 compositions pour guitare, violoncelle, piano… (parues, en Suisse, dans sa collection aux Éditions Marc Reift).

 

Dans sa précédente publication — partant du point de vue que l'intelligence musicale est « doublement rationnelle et intuitive » —, elle démontre que « l'audition est à la fois de caractère subjectif et objectif » et nécessite une attention « aiguisée, forgée par la volonté » devant être longuement soutenue, puis met l'accent sur la finalité : l'éducation auditive réflexive. Dans le présent ouvrage, comme le précise notre Préface (p. 11-13) : elle étudie le « son mental » sous divers angles d'attaque, souligne l'existence de ce phénomène, définit son champ d'action et cerne la musique associée à la réflexion et à la pensée. Elle se réclame de la transversalité et de la transdisciplinarité, et insiste sur l'indispensable attention mentale auditive et sur l'éducation auditive réflexive, autrement dit formant le trinôme : Musique-Réflexion-Pensée. Sa démarche s'appuie, d'une part, sur la physique quantique, la dimension algorithmique dans le sillage des fractales, d'après Benoît Mandelbrot qui, comme elle le rappelle, « introduit l'analogie (la résonance) dans le raisonnement » : d'où le titre de ce livre très neuf : Essai sur le son mental – De Résonner… à Raisonner ! et, d'autre part, sur l'holisme selon Jan Christian Smuts (du grec holos, signifiant « entier »). Elle étudie donc le phénomène dans sa globalité (et non par paramètres additionnés) et au sens d'un ensemble indivisible. Elle fait intervenir le passage de la métrique à la logique ; de la mélodie à l'émotion ; de la polyphonie aux architectures mentales, puis développe les sons de la pensée et, finalement, confirme le rôle spécifique de l'intelligence musicale (cf. publication précédente), c'est-à-dire : l'intelligence rythmique, l'intelligence mélodique et l'intelligence polyphonique.

Si le son « résonne », il force aussi le lecteur à « raisonner », il ne s'agit pas d'un simple jeu de mots phonétique. En connaissance de cause et dans une optique transversale et transdisciplinaire, Colette Mourey affirme (cf. 4e de couverture) : « C'est par et au sein de l'élaboration en toute conscience de notre paysage sonore mental que nous devenons à part entière des êtres de création : auteurs des mondes que nous projetons, et dans lesquels nous expérimentons toute la mesure de notre liberté, par-delà les frontières de tout univers connu et inconnu. » Elle n'a pas fini de nous étonner. Auteur prolifique à suivre.