Le Sistema est une méthode éducative née au Venezuela, qui étonne car jamais jusqu'à présent l'éducation musicale ne s'était assigné un but aussi ambitieux : changer les vies et pourquoi pas changer le monde. Dépassant la quête spirituelle et esthétique, la musique entreprend une quête éducative sans précédent, doublée d'une quête sociale et politique. Un projet audacieux initié en 1975 par le maestro José Antonio Abreu, porté dans le monde entier par un de ses sujets, Gustavo Dudamel qui en est l'incarnation vivante.

Jeune chef d'orchestre surdoué, directeur du Los Angeles Philharmonic, reconnu dans le monde entier pour ses qualités exceptionnelles qui l'ont fait comparer à Léonard Bernstein, ardeur juvénile, charisme impertinent, expressivité flamboyante, grande intelligence musicale et amour du public. Mais attention le programme éducatif d'El Sistema, entièrement gratuit, est avant tout un programme social, former des musiciens certes, mais surtout éduquer des citoyens (nombre d'élèves étudiant dans les nucleos, écoles de musique des quartiers défavorisés, ne seront pas musiciens). Il y a actuellement environ 300 nucleos, abritant chacun plusieurs orchestres de jeunes, ce qui représente 370000 musiciens sur une population de 28 millions d'habitants. Tricia Tunstall nous raconte dans ce livre cette fabuleuse aventure, dont le principe fondamental est d'apprendre ensemble en faisant ensemble, depuis la constitution du premier orchestre de jeunes musiciens en 1975 à partir d'un petit noyau de 11 musiciens répétant dans un garage désaffecté, jusqu'à la constitution de l'orchestre de jeunes Simon Bolivar, subventionné par le gouvernement vénézuélien. Un projet éducatif, mais également social, transformant la mission musicale originelle en une vision humaniste de transformation sociale par la musique. Très rapidement, en constatant le succès fulgurant, le maestro Abreu comprit que son projet dépassait largement le cadre d'un orchestre unique. Ainsi commença la propagation, dans l'ensemble du pays, d'écoles de musique et d'orchestres de jeunes, sous la houlette des instrumentistes du Simon Bolivar, devenus de véritables missionnaires du Sistema. Un système éducatif innovant qui s'étendra, au fil des ans, de par le monde … Dans ce livre, l'auteure nous fait pénétrer au cœur du Sistema, un système éducatif en perpétuel devenir, où « être et ne pas être encore » est la devise du maestro Abreu, soulignant, par là, la nécessité d'un équilibre dynamique entre la continuité des objectifs et la flexibilité des méthodes permettant de réconcilier plaisir et intensité du travail musical, mais également pratique de la musique et handicap physique ou mental dans certains centres spécialisés comme le célèbre nucleo de Barquisimeto. La pertinence et l'intelligence de ce système éducatif global, musical et social, ne sont plus aujourd'hui à démontrer, mais qu'en est-il de son exportation en dehors du Venezuela ? Tricia Tunstall nous rapporte plusieurs expériences, notamment nord américaines (Boston, San Antonio, Baltimore, New York, Los Angeles…) pour finir par l'expérience française débutante. Une expérience qui doit définir ses buts et tenir compte des spécificités nationales, du maillage culturel déjà existant, des contraintes sociales et économiques…Un vaste programme, un immense espoir pour tous ceux qui croient au pouvoir humaniste et fédérateur de la musique. « La musique doit être reconnue comme un agent du développement social car elle transmet les plus hautes valeurs, solidarité, harmonie, compassion mutuelle. Elle a la capacité à unir une communauté entière et à exprimer de sublimes sentiments ». (José Antonio Abreu). Une belle conclusion pour ce livre passionnant, en même temps qu'une importante base de réflexion sur les buts de l'éducation musicale, où musical et social se renforcent mutuellement. A méditer !