La transition du parchemin vers le papier a permis à Johannes Gutenberg (Johannes Gensfleich, v. 1400-1468) d'imprimer la première Bible entre 1452 et 1455 à Mayence, grâce à son invention des caractères métalliques mobiles. Les copistes ont alors été relayés par les fondeurs de caractères.  Pour un coût moins élevé, des missels, des traités sont, entre autres, imprimés sur papier. Si son rôle est bien connu, celui d'Ottaviano Petrucci (1466-1539) pour l'imprimerie de la musique l'est moins.

 

Suite au problème concernant la Grammatica brevis (Venise, apr. 1480) de Franciscus Niger (1452-apr. 1523) — c'est nous qui soulignons — qui, à propos de la prosodie latine quantitative, comportait quelques exemples musicaux (valeurs musicales longues et brèves dans le rapport de 1 à 2 — comme les longues et brèves prosodiques), à la fin du XVe siècle, à Venise, O. Petrucci a trouvé des procédés permettant d'imprimer les lignes (portées) et les notes (en notation noire carrée, mesurée et proportionnelle). Comme le rappelle P. Gancarczyk, la solution a d'abord consisté en une double impression des lignes, puis des notes. Ensuite, les imprimeurs ont lancé le principe de l'imprimerie musicale à caractères mobiles qui a permis une large diffusion de traités de théories musicales, ainsi que d'œuvres vocales : Messes, Motets, Madrigaux, Chorals luthériens et Psaumes huguenots, Chansons... C'est le cas des traités notamment de N. Faber, Conrad von Zabern, H. Finck, Zarlino… De nombreux ateliers d'imprimerie sont alors fondés en Italie (O. Petrucci, A. Antico, les frères Dorico) ; en Allemagne (Chr. Egenolff à Francfort, Georg Rhaw à Wittenberg, J. Petrejus à Nuremberg) ; en France (Pierre Attaingnant et Nicolas Du Chemin à Paris, Jacques Moderne, à Lyon) ; aux Pays-Bas (Tylman Susato à Alkmaar, les Phalèse Père et Fils à Anvers). C'est ainsi que la concurrence entre les officines, en tant que véhicule promotionnel, a permis de lancer de nouvelles œuvres, de faire évoluer les cultures musicales et d'élargir les horizons sociaux et culturels, comme le démontre l'auteur. Il présente ensuite divers types d'éditions musicales, donne un aperçu éloquent des tirages et de leur quantité, puis du « marché musical » avec des considérations d'ordre économique : publicité par les pages de titre, exigences du marché… Il dégage aussi le rôle important de l'imprimerie musicale : alphabétisation par la musique, la diversité des productions et les réactions des compositeurs face à ce « nouveau medium ». Il met l'accent sur le développement dynamique de la typographie à partir du XVIe siècle où les copistes professionnels seront certes remplacés par des machines. Toutefois, les copies des œuvres à des fins professionnelles (p. 195), sous la forme de manuscrits et d'imprimés, peuvent coexister dans le cadre de la commercialisation de la musique.

Une abondante Bibliographie et 17 reproductions ponctuelles (pages de titres, traités, livres de messe, motets, chansons…), un intéressant Tableau : Volume de la production imprimée témoignent des « mutations de l'imprimerie musicale au XVIe siècle » qui ont tant influencé la circulation du répertoire, la découverte des compositeurs, la diffusion des idées nouvelles selon les aléas de l'histoire événementielle (Humanisme et Réforme) et, finalement, élargi l'horizon esthétique et social en Europe. Information indispensable.