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Catégorie : Livres

 10 x 19 cm., 186 p.  Actes Sud/Classica.  18 €.Dans son récent Saint-Saëns pour la même collection, Jacques Bonnaure avait montré un réel talent pour faire revivre une époque autour de son sujet.  On retrouve ce charme de fin conteur dans son Massenet qui fait pièce aux détracteurs des récentes générations ayant snobé le compositeur pour de mauvaises raisons (ou pas de raisons du tout, d’ailleurs !).  On rendra grâce à l’auteur d’avoir consacré une place quasiment égale à tous les opéras de Massenet, soulevant ainsi le voile d’oubli qui a injustement recouvert de magnifiques partitions, et ne versant pas dans la facile glorification des quatre ou cinq ouvrages qui n’ont besoin de nulle plume pour leur réputation.  Par moments, un manque d’investigation musicale semble

l’empêcher de compenser des impressions contestables probablement laissées par de médiocres interprétations : ainsi de son jugement difficilement compréhensible sur Sapho, chef-d’œuvre du naturalisme à la française, ou de son commentaire – certes sympathique – sur Cléopâtre, qui n’en passe pas moins à côté des traits les plus saillants de cet ultime ouvrage aux saisissants tréfonds psychologiques.  Car c’est là où le bât blesse : Jacques Bonnaure réhabilite élégamment des opéras que le public accueillerait fort bien si on les proposait plus souvent à son écoute, mais il est à court de mots et de descriptions proprement musicales pour définir ce qui distingue le génie massenétien et le place sur une pente plus moderniste qu’on ne le croirait après un siècle de stériles préjugés.   On eût aimé, en effet, lire quelques remarques pertinentes sur l’art de la prosodie qui inspira tant de successeurs, sur la richesse du tissu harmonique qui pare d’une identifiable signature la plupart des partitions, sur l’admirable « patte » d’orchestrateur du musicien, toujours à l’affût d’innovations organologiques.  En somme, le « pourquoi » et le « comment » de ce qui est proposé à notre admiration.  De surcroît, l’immense (et fondamental) corpus des mélodies n’est que survolé par quelques allusions à deux ou trois cycles.  L’autre manque de cette biographie, qui a par ailleurs puisé aux bonnes sources, touche à la psychologie du créateur.  En refermant le livre, on croit avoir parcouru une vie qui est presque « un long fleuve tranquille » d’auteur à succès enchaînant les opéras.  Rien qui nous introduise dans les états d’âme souvent bien sombres de l’homme (car il ne s’agit pas « d’épisode dépressif », comme sommairement évoqué p. 133) : pourtant la correspondance intime – si souvent révélatrice – est aujourd’hui accessible grâce au livre d’Anne Massenet (Jules Massenet en toutes lettres, Éd. de Fallois) ; quelques citations, sans excéder le format réduit du volume, en eussent projeté un éclairage autrement plus complexe.  Mais seuls les chercheurs ayant eu accès aux manuscrits de Massenet connaissent les bouleversantes plongées dans lesquelles nous entraînent les surprenantes exhalaisons – comme d’un journal intime – jetées en marge de ses portées musicales.