Étienne KIPPELEN : La mélodie instrumentale après 1945. Analyse et esthétique des ruptures. 1Vol Sampzon, DELATOUR FRANCE, (www.delatourfrance.com), Collection « Pensée Musicale », 2015, 170 p. -26 €.

Après la question percutante « La musique pourquoi ? » (cf. supra), voici une autre interrogation pertinente : qu'est-ce que la mélodie ?  qui a agité les exégètes pendant plusieurs siècles (par rapport à l'harmonie). Étienne Kippelen (né en 1984), Docteur et Agrégé de Musique, titulaire de nombreux Prix du CNSM de Paris, fait appel à l'analyse musicale, la philosophie, la psychoacoustique, entre autres, et à nos capacités auditives de mémoire de la musique du passé, malgré l'incompréhension du rôle novateur des compositeurs contemporains.

 

L'approche est neuve et assez globale ; son étude esthétique avec une visée anthropologique  s'étend sur les deux derniers siècles. La « rupture » mélodique commence avec Edgar Varèse (1883-1965), « éclate » avec Anton Webern (1883-1945). De nombreux archétypes sont définis ; parmi ces éléments de rupture, figurent les « sons figés », les « sons brouillés », les « sons glissés », les innovations de Iannis Xenakis (1922-2001) et de György Ligeti (1923-2006), les clusters chez Krzystof Penderecki (né en 1933). La « rupture spectrale » s'effectue par la fusion du timbre et de l'harmonie. Ensuite, Étienne Kippelen dégage les phénomènes et paramètres de rupture, souligne les conditions d'une incompatibilité mélodique et évoque la fusion harmonique et la diffusion par « le culte de la lenteur ». Sa démarche, attentive et cohérente, fruit d'une longue expérience, met en évidence des convergences et s'oriente vers la résurgence mélodique autrement, c'est-à-dire avec les micromélodies.

Après 1945, dans la mouvance du courant néo-classique, la mélodie sera réintégrée. Ce constat est justifié par l'adoption de « techniques revisitées ». La Bibliographie — modèle du genre — propose une remarquable rétrospective de « la mélodie » selon les idées de Jean-Jacques Rousseau (1712-1778), les traités d'harmonie de Jean-Philippe Rameau (1683-1764)…, Arnold Schönberg (1874-1951), Paul Hindemith (1895-1963) jusqu'aux concepts sociologiques de Max Weber (1864-1920) et Theodor W. Adorno (1903-1969) ou encore analytiques de Célestin Deliège (1922-2010) et Carl Dahlhaus (1928-1989)…, sémiologiques de Jean-Jacques Nattiez (né en 1945), esthétiques selon Eduard Hanslick (Du beau dans la musique), Georg Wilhelm Friedrich Hegel (Esthétique), Vladimir Jankélévitch, parmi d'autres, sans oublier Stephen McAdams, spécialiste des problèmes de perception.

L'auteur propose un éloquent bilan de la mélodie instrumentale après 1945 ainsi qu'un état significatif de la question, et souligne la pérennité du facteur mélodique émanant des créations musicales, écrits et interviews de compositeurs  contemporains, notamment : Olivier Messiaen (1908-1992), Pierre Boulez (né en 1925), Karlheinz Stockhausen (1928-2007), György Ligeti (né en 1933), Gérard Grisey (1946-1998), Jean-Yves Bosseur (né en 1947), Michael Lévinas (né en 1949) et Karol Beffa (né en 1973)… L'originalité du propos et de la démarche actualisée d'Étienne Kippelen force l'admiration.